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Après un détour par l’étrange notion de “moyenne du taux national”, l’ANIE est revenue à l’orthodoxe taux de participation pour se limiter à 23%.

Trop tard ! Cette manipulation a montré que, d’une part, le pouvoir n’est pas si indifférent que cela au niveau de participation aux élections qu’il organise et que, d’autre part, son administration s’adonne à la manipulation des données électorales. Ce qui les discrédite par principe.

Nonobstant la question de la fiabilité du chiffre, celui-ci est particulièrement important parce que les élections du 12 juin constituent, après l’acte de démission de Bouteflika, le second évènement politique le plus significatif depuis le début du soulèvement populaire pacifique de février 2019.

Durant les deux ans et quelques mois qui nous séparent de cette fin politique peu glorieuse de Bouteflika, toutes les initiatives ultérieures du pouvoir ont été mises sur le compte de la prise en charge des aspirations exprimées par le peuple à travers son mouvement de revendication.

Même sa répression est attribuée à la volonté du pouvoir de défendre la salubrité “originelle” de ce mouvement menacé par “l’infiltration” d’éléments et de forces malintentionnés, belliqueux, voire animés de desseins terroristes !

Des masses de manifestants appellent inlassablement le régime à s’effacer, lui et le système qui l’a généré, et à laisser place à un nouveau système basé sur l’autorité exclusive de la volonté populaire. Au lieu d’y prêter attention, il s’est fait lui-même interprète de cette revendication et maître d’œuvre de sa concrétisation ! Cependant, le bâillonnement de l’expression citoyenne, la multiplication des emprisonnements politiques et l’étouffement physique des marches n’ont pas mis fin à cet élan national pour le changement. Parallèlement à ce traitement répressif de la revendication citoyenne, il s’est empêtré dans une stratégie de fuite en avant, à travers un processus électoral mené au pas de charge. Il devait ainsi mettre la nation devant le fait accompli d’une restauration du régime contesté.

Ainsi, avec “l’élection” de la “nouvelle” APN, et à peine plus de deux ans après l’éclosion du mouvement populaire, la boucle est bouclée : les élections législatives du 12 juin auront permis au régime de reconstituer son Assemblée dissoute dans son ancienne configuration et de réhabiliter l’alliance présidentielle avec les mêmes appareils qui, depuis toujours, symbolisent l’autoritarisme politique et l’ordre rentier qui, sans répit, ruinent politiquement, économiquement et culturellement le pays.

Il manque un élément à cette opération de réhabilitation du système et du régime qu’il s’est choisi : la participation populaire à ce programme contre-révolutionnaire. Ce sont 77% des électeurs qui ont préféré se tenir loin du processus. Même si certains d’entre eux ont agi par indifférence à la vie politique, il y en aussi qui se sont rendus au bureau de vote pour s’abstenir, réduisant le taux de voix exprimées à moins de 19% !

Cette manifestation électorale aura été, en fait, une manifestation contre le processus électoral, une journée de mobilisation par abstention, la plus grande journée de Hirak depuis la monté en cadence de sa répression.

Par Mustapha Hammouche

"Liberté" du 16 juin 2021

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