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entretien / Farouk Ksentini : «Les séquelles sont toujours là»


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entretien / Farouk Ksentini : «Les séquelles sont toujours là»

Par
 REPORTERS
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6 juin 2021
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Ancien président de la Commission nationale consultative de promotion et de protection des droits de l’homme, l’avocat et juriste Farouk Ksentini a présidé, pendant des années, une instance qui a joué un rôle non négligeable dans la mise en œuvre du dispositif dit «charte pour la réconciliation nationale» promulguée après référendum, en 2005, et dans la clôture juridico-administrative du dossier des victimes de la «tragédie nationale» parmi lesquelles figure les «disparus». Il revient sur ce chapitre, non sans quelques révélations quant à son souhait de créer un ministère consacré au règlement des questions de la «décennie noire».

Entretien réalisé par : Milina Kouaci
Reporters : Il y a 30 ans, le FIS gagnait les premières élections législatives du pluripartisme, un scrutin qui sera entravé par le pouvoir de l’époque, en janvier 1992, et verra l’Algérie entrer dans une spirale d’instabilité et de violence accrue. Pourquoi cette période est-elle encore présente dans les esprits ?
Farouk Ksentini :
 Parce que les séquelles sont toujours là ! La victoire du FIS était une fausse victoire qui ne reflétait pas la réalité de l’électorat national. Ce parti islamiste a remporté ces élections suivant une propagande et une stratégie de manipulation et d’instrumentalisation propres aux courants fondamentalistes radicaux. Il a été aidé par la configuration politique et électorale de l’époque, on sait dans quelle situation dramatique elles ont plongé le pays. Parce que le passé, c’est le passé, et pour parler au présent, il est tout à fait inadmissible d’exploiter la religion à des fins politiques. Il faut séparer la religion du politique et si on mélange les deux, on ira encore une fois droit dans le mur et sur cette ligne qui continue à faire souffrir le pays d’une manière conséquente et à brouiller son champ politique.

Pensez-vous que la démarche du pouvoir de l’époque d’arrêter le processus électoral était une décision judicieuse ?
Ce n’est pas ce que je dis. J’essaie tout simplement d’expliquer que religion et politique ne sont pas faits pour faire bon ménage, tout comme il est dangereux pour un pouvoir de croire pouvoir utiliser le fait religieux pour ses intérêts. On ne refait pas l’histoire avec de la morale, on ne remonte pas le temps non plus, mais les deux protagonistes de cette époque ont eu lourdement tort. Le grand perdant, c’est l’Algérie. On le voit encore aujourd’hui.

Des années après la tragédie nationale, des parties réclament encore la vérité sur les «disparus» et relancent également l’interrogation sur la responsabilité des appareils de sécurité à l’époque. Quel chiffre sérieux a-t-on sur eux et qu’avez-vous à dire à leur sujet ?
Un travail minutieux et fiable accompli par les services de la Gendarmerie nationale évoque le chiffre 7 200. Par ailleurs, j’ai toujours réclamé la vérité sur les disparus et je n’ai jamais refusé d’aborder cette question sauf qu’elle ne dépendait pas uniquement de la commission consultative des droits de l’homme que je présidais et qui n’avait que des prérogatives très limitées. La commission a plaidé pour l’indemnisation des familles des proches et a obtenu gain de cause, le reste ne dépendait pas d’elle. En tant que citoyen et ancien président de la commission consultative nationale des droits de l’Homme, je n’ai jamais œuvré contre la manifestation de la vérité.

La lumière n’est donc pas tout à fait établie sur ce dossier ?
Je répète, je n’ai jamais refusé la vérité. Le problème est de savoir s’il est encore possible de la découvrir aujourd’hui. Le temps a fait son œuvre et fait disparaître des preuves et des témoignages. C’est, politiquement, extrêmement compliqué et difficile. Cela dit, il est évident que sur le plan historique et mémoriel, il est important de garder le souvenir des victimes du terrorisme comme celui des disparus pour éviter au pays de retomber dans le cauchemar et le traumatisme sanglant qu’il a vécu. C’est le travail de tout le monde et du corps sociopolitique dans son ensemble.

Combien de familles ont refusé l’indemnisation de l’Etat ?
Elles sont très peu. L’écrasante majorité a accepté d’être indemnisée. Il n’y a que celles qui sont actives dans l’association SOS Disparus qui refusent l’indemnisation, et elles sont dans leur droit. L’indemnisation ne veut pas dire l’oubli ou le pardon. Elle a été conçue et organisée dans le cadre de la solidarité nationale, car ces familles sont victimes de la tragédie et la catastrophe qu’a subi le pays. Pour cette raison et d’autres, j’ai toujours plaidé pour décréter une journée nationale à la mémoire des disparus.

Cette journée n’existe pas encore et vous avez été un des prolongements actifs de la politique de réconciliation nationale. Y a-t-il des choses que vous regrettez aujourd’hui de ne pas avoir fait hier ?
Personnellement, j’avais souhaité que la réconciliation soit placée sous la responsabilité d’un ministère de réconciliation nationale qui aurait amené des solutions plus pratiques et plus complètes et plus avantageuse pour les victimes de la tragédie nationale. Un ministère évidemment avec une ligne provisoire, et non perpétuelle pour prendre en charge des problèmes qu’il aurait mieux réglés.

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