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Farid Alilat : A propos des harragas algériens disparus ou retenus dans des Centre d’Internement des Etrangers (CIE) en Espagne


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Je vais expliquer comment ça se passe pour les harragas en Espagne après m'être entretenu avec la responsable d'une ONG qui s'occupe des migrants disparus. Je dois d'abord préciser que pour les Algériens, l'Espagne est une terre de transition vers l'Europe. Elle n'est pas la destination finale des migrants algériens. Pour la grande majorité, l'Espagne est un pays de passage pour la France. Aussi, la grande majorité des harragas ne restent pas en Espagne. Lorsqu'un bateau de harragas arrive sur les plages espagnoles sans qu'il ne soit intercepté par la Guardia Civile, ses occupants (dont aucun ne porte de papier d'identité pour ne pas être identifié et donc expulsé) disparaissent dans la nature. Une fois arrivés sains et saufs, ils prennent contact avec leurs familles ou leurs proches via leurs propres téléphones ou via des téléphones de contacts déjà sur place.
Un harraga qui arrive sain et sauf contacte toujours sa famille. Un harraga vivant ne disparait jamais sans donner de ses nouvelles. Jamais. Lorsqu’un bateau est intercepté par la Guardia Civile, ses occupants sont arrêtés, auscultés par des médecins, subissent des test anti-covid avant d'être placés en garde-à-vue dans un commissariat. Ils peuvent entre temps être assistés par la Croix Rouge internationale ou consulter un avocat. Selon la loi espagnole, la garde-à-vue ne peut pas dépasser 72 heures. Dans la grande majorité des cas, celle-ci est de 48 heures. Comme tous les harragas ne possèdent pas de papiers d'identité, ils sont remis en liberté avec un ordre d'expulsion. L´ordre d´expulsion est accompagné d´une interdiction d´entrée dans le territoire Schengen pour une période qui peut aller de trois à dix ans.
Une fois libérés, les harragas algériens quittent rapidement le sud de l'Espagne vers la France. En Espagne, il existe un réseau de passeurs qui agit comme une mafia. Il y a des passeurs en Espagne comme il y a des passeurs en Algérie. Les harragas qui ne sont pas libérés avec un ordre d'expulsion sont transférés par avion, au terme de leur garde-à-vue, vers des centres de rétention à Barcelone, Madrid ou d'autres villes d'Espagne. La détention dans le centre de rétention ou d'internement (Centre d’Internement des Etrangers -CIE) ne peut pas durer plus de 60 jours, au regard de la loi. Sur place, les harragas peuvent téléphoner à leurs familles, reçoivent la visite d'avocats ou d'ONG et des responsables du consulat d'Algérie. Début mai, j’ai pu par exemple communiquer avec un voisin retenu dans un centre d’internement à Barcelone.
Etant donné que tous les harragas ne portent pas de papiers d'identité, les autorités espagnoles ne peuvent donc pas les identifier comme ressortissants algériens. Au centre de rétention, le harraga y est maintenu pendant le temps indispensable pour la mise en pratique de son expulsion S’il n'est rapatrié au bout de ce délai, car on ne peut vérifier leur identité, ou il est remis en liberté avec un ordre d’expulsion. Là encore, une fois libérés, la grande majorité des harragas algériens ne reste pas en Espagne. Tous tentent de rejoindre la France, leur destination finale.
Il n'y a pas de harragas algériens dans les prisons espagnoles sauf ceux qui ont commis des délits passibles de prison. L'immigration n'est pas un délit passible de prison. Donc les familles qui pensent que leurs enfants et ou leurs proches n'ont pas donné de leurs nouvelles depuis leur départ au motif qu'ils sont emprisonnés entretiennent de faux espoirs. Désolé de le dire ainsi. Il n’y a pas de harragas dans les prisons espagnoles encore moins des harragas en détention provisoire qui dure depuis des mois. Même quand ils sont détenus pour n'importe quel délit, ils peuvent toujours communiquer avec leurs proches ou faire passer des messages.
Pour les corps qui sont malheureusement repéchés ou rejetés par la mer, ils sont entreposés dans des morgues en attendant leur identification. Une fois un corps est formellement identifié par sa famille, celle-ci peut le rapatrier ou le faire enterrer sur place. La famille a le droit de procéder à une indentification du corps grâce à l'ADN. Les dépouilles peuvent rester des mois dans la morgue en attendant les recherches pour identification. Au bout d'une période détermine, les dépouilles sont alors inhumées dans un cimetière. Il n’y a jamais, jamais, d'incinération de corps comme certains le prétendent sur les RS. Au cimetière, la dépouille est conservée pendant un délai de 5 ans. S’il n’y a aucune possibilité de l'identifier pendant cette période de 5 ans, la dépouille est enterrée dans une fosse commune. Voilà. J'espère avoir répondu à quelques interrogations. 27/05/2021
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