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«CHRONIQUES ET RÉFLEXIONS INÉDITES» DE BELAÏD ABDESSELAM

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«CHRONIQUES ET RÉFLEXIONS INÉDITES» DE BELAÏD ABDESSELAM

Mémoire de joies et de braises

lexpressiondz | Chaabane BENSACI

Jeudi 31 Aout 2017

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«C'était grâce au FLN et non au général de Gaulle qu'il y a eu l'indépendance de l'Algérie» et on peut dire, aussi, que «sans le FLN, il n'y aurait pas eu de retour au pouvoir du général de Gaulle»...

Belaïd Abdesselam, ancien chef du gouvernement, ancien ministre de l'Industrie de Boumediene, apporte dans un livre intitulé «Chroniques et réflexions inédites sur des thèmes sur un passé pas très lointain», des pensées et des convictions sur des évènements et des hommes qui ont marqué, en bien comme en mal, son parcours à la fois comme militant du Parti du Peuple Algérien (PPA) depuis son adhésion en 1944, sa condamnation par le tribunal militaire de Constantine en mai 1945 alors qu'il n'avait que 17 ans, mais aussi son histoire dans le cadre du Mouvement national (Udma, Oulémas, PCA), les massacres du 8 mai 1945, la création de l'OS, les luttes intestines du PPA puis l'émergence de la lutte armée et l'avènement du FLN. Comme aussi, il s'y penche, avec la même verve et la même émotion, sur les périodes majeures de l'Algérie indépendante, sacralisant à satiété l'étape glorieuse de la politique d'industrialisation engagée tambour battant sous la direction du président Houari Boumediene, celle de la question pétrolière dominée par les nationalisations des hydrocarbures du 24 février 1971, les rapports avec les pays du bloc socialiste avec à leur tête l'Urss de Brejnev et Kossyguine, le conflit qui l'opposa au colonel Tahar Zbiri, les évènements d'octobre 1988, sa relation avec le président Mohamed Boudiaf et sa nomination en qualité de chef du gouvernement.

Un plaidoyer fortement nostalgique

Toutes ces réminiscences, ces analyses et ces réflexions se veulent d'abord et surtout un ferment nourricier proposé à celles et ceux qui souhaitent comprendre certains pans de l'histoire contemporaine du pays. Ils trouveront dans cet ouvrage des éclairages et des informations de nature à dissiper quelques zones d'ombre. Ainsi en est-il de la révélation selon laquelle le premier coup de feu de la Révolution devait être tiré en Kabylie et non point dans les Aurès. Aux historiens, à défaut des véritables témoins, d'apporter leur contribution et pourquoi pas leur propre argumentaire. Globalement, on ne doit pas s'attendre à des pavés dans la mare, pas plus qu'à des révélations sensationnelles, mais l'ouvrage brille par sa densité et sa part d'authenticité indéniable qui en font le récit-témoignage de grande valeur dont les lecteurs comme les chercheurs ne peuvent se passer.Plus un travail de mémoire, donc, et un plaidoyer fortement nostalgique de ce que beaucoup considèrent, à tort ou à raison, c'est selon, comme l'âge d'or de l'Algérie contemporaine, cet ouvrage raconte pas à pas l'itinéraire d'un natif de Aïn Kebira, à quelques encablures de Sétif la Bien-Elevée, qui découvrit en mai 1945 les premières braises de la révolte attisée par le vent de Novembre 1954 au point de muer en une authentique Révolution! En témoignent ses digressions sur les «origines européennes» des habitants d'Ighil N'Sedda, mitoyen du village d'Iboudrarene d'où ses grands-parents ont émigré vers les hauteurs sétifiennes avec une légende sur des origines provenant du Rio de Oro (Sahara occidental). La Reconquista aura décidément fait beaucoup de merveilles dans ce pays, malgré le saccage des 24 noubas que Zyriab avait cru, hélas, éternelles... Passées aussi les digressions sur le wilayisme, en apparence combattu par Ben Bella et Boumediene, alliés contre nature face au Gpra, et créateurs passifs du phénomène, l'auteur ne tarit pas d'éloges sur la relation privilégiée, aime-t-il à se souvenir, qui le liait au président du Conseil de la Révolution. Boumediene le tenait en haute estime et entretenait avec lui une relation de «confiance totale», tout au long de la décennie durant laquelle l'industrialisation du pays a été menée au pas de charge. Ces pages tranchent avec celles où Abdesselam parle de l'Ugema et de Ahmed Taleb Ibrahimi dont il souligne, comme à l'évidence que, «tout en se présentant auprès de ses compatriotes comme l'archétype d'un militantisme islamique pur et dur, (il) ne manquait pas de se faire valoir, du côté des Français et des milieux européens, comme l'homme de l'ouverture et de ce que l'on appelle aujourd'hui le dialogue des cultures...».

Les pulsions et les inimitiés

Cette pique, un tantinet tributaire non du sentiment, mais du ressentiment, me paraît tanguer davantage sur la rive du compliment que celle de la critique «pure et dure». La relation avec Taleb encadrera pas moins de 64 pages au bout desquelles il devient clair que les hommes qui ont fait la Révolution étaient sans doute des militants de grande facture, mais qu'ils étaient aussi des hommes, avec les pulsions et les inimitiés de tout un chacun. De leurs témoignages et de leurs confessions émergent des faits historiques, mais pas seulement, les bribes propres à chaque personne rivée sur ses antagonismes sont de la partie et c'est bien normal. Remplacé en 1958 à la tête de l'Ugema par Messaoud Ait-Chaâlal, Ahmed Taleb sera accueilli par Salah Louanchi au sein de la Fédération de France du FLN, mais le différend ira jusqu'aux années 88. Ainsi, en est-il du long paragraphe sur Sid Ahmed Ghozali auquel Abdesselam voue, on le devine, on le sent et, sinon, on le ressent, une profonde amitié que blessa gravement un article de La Tribune sur une prétendue tentative, digne d'un Iznogoud, pour être calife à la place du calife. Abdesselam s'en défend et raconte comment Ali Kafi et Khaled Nezzar furent à l'origine de l'offre sans qu'il s'y attende. Dans la foulée, l'auteur entend remettre les pendules à l'heure au sujet du collaborateur de La Tribune, quotidien aujourd'hui disparu, qui lui fut recommandé par le même Sid Ahmed Ghozali et s'avéra, assène-t-il avec une colère intacte, «un voyou bilieux et répugnant» aux propositions «farfelues». Celui-ci tenta de «vendre» un projet de participation étrangère dans le gisement de Rhourde el Baghel pour 1,5 milliard de dollars, en fait un projet fumeux, et il aurait mené une cabale contre certaines personnalités comme le procureur général d'Alger accusé de «symboliser la corruption» (p259). S'arrachant à la douleur de ces moments à peine refoulés, Abdesselam évoque les accords financiers algéro-italiens du 21 décembre 1990, au moment où le pays était mis sous embargo par toutes les grandes puissances, puis les évènements d'octobre et leurs conséquences sur son engagement militant au sein du FLN avant de conclure, avec un soliloque étrange dans la bouche de celui qui, jadis, dénonçait avec virulence les partisans de Hizb França, un questionnement assorti d'une dénégation enflammée sur une prétendue «hostilité systématique envers la France», durant la phase d'industrialisation de l'Algérie. De telle sorte qu'il conclut, avec une sobriété exemplaire, que «c'était grâce au FLN et non au général de Gaulle qu'il y a eu l'indépendance de l'Algérie» et on peut dire aussi que «sans le FLN, il n'y aurait pas eu de retour au pouvoir du général de Gaulle»...

 

Editions Dar Khettab, 425pages.

 

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