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Mariages en Algérie

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Mariages en Algérie

Goût du luxe et folles dépenses

 

El Watan

le 08.07.17|12h00

 

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Au-delà du poids de la tradition, les mariages imposent le plus souvent des dépenses qui défient toute logique. La tentation du luxe et le mimétisme social que cela induit sont un facteur important dans la célébration onéreuse des alliances.

Un vieux dicton dit : le mariage d’une nuit nécessite la préparation d’une année. Aujourd’hui, avec toutes les «prétentions» qui entourent cette cérémonie, convoler en justes noces nécessite un labeur de toute une vie et des économies de plusieurs années. En effet, évolution de la société et modernité obligent, toute une industrie est née faisant appel à des professionnels dans «l’art» de la préparation du mariage mettant fin à l’époque du tout fait maison.

Le commerce mielleux du makrout

Même si les plus nostalgiques le regrettent, l’époque de la préparation du makrout, de la baqlawa et de la kefta à la maison sous les youyous des jeunes filles est bien révolue. Tous les gâteaux de mariage sont achetés. Les prix sont vertigineux.Une pièce de makrout coûte entre 50 et 100 DA. Le prix diffère selon la base de la farce. Si elle est faite d’amande, la pièce est automatiquement chère. Yamina, une Blidéenne et mère au foyer, en a fait son gagne-pain. «J’essaye de satisfaire toutes les bourses et de faire plaisir aux jeunes mariés. Chez moi, les prix oscillent de 70 à 120 DA si c’est moi qui me charge de l’achat des ingrédients. Si c’est le contraire, les prix peuvent diminuer jusqu’à 40 DA la pièce à 90 DA selon la complication de la préparation du gâteau demandé», explique notre interlocutrice. Pour une centaine de personnes et cinq variétés, le budget alloué aux gâteaux de mariage peut atteindre les 40 000 DA. Ceci, sans compter les petits fours et les salés distribués durant les pauses jus et café. Ces deux variétés à distribuer obligatoirement peuvent coûter jusqu’à 25 000 DA. Donc, addition faite, les gourmandises distribuées aux invités nécessitent un budget de pas moins de 65 000 DA. Une facture additive de 20 000 DA peut être incluse si les jus ne sont pas inclus dans les services de la salle des fêtes.Les frais en relation avec les gâteaux ne sont pas encore finis. L’industrie du mariage impose des contenants à différents modèles et prix. Les boîtes à gâteaux coûtent entre 60 à 190 DA l’unité. S’ajoutent à cela les serviettes, les pailles et les porte-dragées. Pour une centaine d’invités, il faut prévoir un budget de quelque 30 000 DA. Contenants et contenus additionnés, une somme de près de 120 000 DA doit être mise de côté. Si cette somme peut paraître salée, les factures lourdes ne vont pas tarder à se manifester.

Le casse-tête des salles de fêtes

Parmi les grosses dépenses relatives à la cérémonie de mariage, la location d’une salle des fêtes. Les mariages ne se font chez soi qu’en dehors des grandes villes. Ces espaces, qui sont devenus un véritable business, sont non seulement chers, mais sont souvent indisponibles. «Je me suis mariée en septembre de l’année dernière, et j’ai dû réserver la salle des fêtes 6 mois à l’avance, et encore.Je n’ai pas trouvé la salle que je voulais», explique Rima, 26 ans, employée de banque nouvellement mariée. En effet, les propos de cette jeune femme sont faciles à prouver. La plupart des salles des fêtes et de banquets contactées affichent complet pour toute la saison estivale, et ce, jusqu’au mois d’octobre. Pour les prix, c’est à se brûler les poches. Dans la zone Alger-Blida, les prix des salles des fêtes et de banquets oscillent selon l’endroit et les prestations incluses entre 80 000 et 400 000 DA. A titre d’exemple, la salle Alexandra, plus connue par le nom de son propriétaire Ouali, est à 80 000 DA sans aucun service en plus, sauf l’espace et les serveuses. Les boissons chaudes et fraîches reviennent à 155 Da/personne.Le prix du dîner pour tous les convives est estimé à 35 000 DA. Même si la salle est en promotion durant les mois de janvier et février avec une réduction de 25 000 DA, le plein tarif, tous services inclus, est à 130 000 DA pendant la semaine et à 140 000 durant le week-end. Malgré ces prix, elle est réservée durant toute l’année. Il en est de même pour les autres salles de la wilaya de Blida qui malgré tous ces prix reste la mecque des mariés. Dans l’Algérois, les prix sont un peu plus élevés avec un service des plus ordinaires. Cette règle ne s’applique pas bien sûr pour les hôtels de luxe tels que l’hôtel El Djazaïr ou le Hilton. Les salles sont respectivement à 400 000 et 700 000 DA. En plus du prix de l’espace, la collation y est obligatoire à raison de 2500 DA par personne. La restauration dînatoire variée est cédée à 5200 jusqu’à 7500 DA par personne. Le service haut de gamme est garanti pour les familles qui peuvent bien sûr se le permettre. Dans la région de l’Oranie, les prix sont tout aussi chers. Ils sont entre 130 000 et 300 000 DA pour une salle ordinaire pour arriver à 500 000 DA pour la salle de l’hôtel Sheraton.

Wedding planner, un métier en vogue

Comme si le prix dépensé dans la location de salle ne suffisait pas, aujourd’hui c’est devenu à la mode de faire appel à des weddings planners pour avoir sa réception clé en main. Le principe est d’épargner aux futurs époux et à leurs familles tous les désagréments de la préparation et léguer l’organisation à des «professionnels» qui se chargent de tout jusqu’à la fin de la cérémonie. Selon Karima, une organisatrice de mariages avec ses deux sœurs, faire appel à un professionnel garantit la qualité et l’organisation et surtout occasionne moins de stress pour la famille et les mariés. «En plus, ils peuvent se permettre de réaliser leurs rêves en adoptant des thèmes couleurs ou autres. Le faire soi-même nécessite plusieurs mois de recherches pour trouver les bonnes adresses au meilleur prix. Chose qui est totalement aisée pour un professionnel des mariages qui a un carnet d’adresses qui va avec les goûts et le portefeuille de chaque client», explique-t-elle. Pour cette jeune organisatrice, les prix ne sont pas fixes, mais obéissent à la volonté de chaque client, à son goût et à la définition qu’il donne aux mots luxe et simplicité et à ses rêves. La prestation d’un wedding planner qui peut tout prendre en charge est donc variable. Karima et ses sœurs ont eu à organiser des mariages à 200 000 Da et d’autres à 3 millions DA. Notre interlocutrice précise qu’il s’agit notamment de la décoration de la salle ou du lieu du mariage et des boites de gâteaux et des dragées. Pour Karima, le luxe se paye pour les personnes qui peuvent se le permettre.

Immortaliser les dépenses en musique

Parce qu’il s’agit d’une cérémonie de joie, la prestation musicale est obligatoire. Dans ce volet, les prix sont à couper le souffle. Les honoraires d’un disque-jockey vont de 40 000 à 60 000 DA pour une prestation de 6 heures. Les prix varient selon la renommée du DJ. Ramener un chanteur est encore plus cher. Le budget oscille entre 100 000 et 300 000 DA. Un mariage célébré par le chanteur Hamidou coûte pour la prestation musicale seulement 250 000 DA. Il est également insensé de dépenser tant d’argent sans en sortir avec des photos et des vidéos pour immortaliser ces moments. D’après Lyes et Zohir, des photographes professionnels de mariage, la prise de photos durant la cérémonie de mariage, qui dure généralement de 14h à 20h, ou dans la soirée de 21h à 3h du matin, coûte entre 40 000 et 100 000 DA. Des prestations en plus sont comptabilisés comprenant en plus des photos haut de gamme, des albums photos, des books, des supports électroniques, des DVD et sur flash disque. La prestation audiovisuelle coûte, quant à elle, entre 20 000 et 30 000 DA. Se lancer dans un projet de mariage ne se limite pas dans notre pays à ces dépenses seulement. Oui, il existe encore d’autres dépenses encore plus importantes et obligatoires ! Il s’agit de la dot de mariage qui varie selon les régions. Dans les wilayas du Centre du pays, le futur époux doit donner comme offrande à sa «bien-aimée» une somme d’argent qui atteint de nos jours à 200 000, voire 300 000 DA, une parure en or et les alliances. Avec le prix de l’or qui a nettement augmenté, une simple parure sans trop d’importance peut atteindre les 450 000 DA. Les alliances, quant à elles, sont entre 30 000 et 100 000 DA. Dans la région de l’Oranie, les prix sont nettement plus élevés. Toutefois, ils restent nettement moins coûteux que ceux des wilayas du sud où la dot du mariage peut atteindre facilement les 1 million DA . Il reste connu de tous que la mariée kabyle et celle de la ville de Tenès dans la wilaya de Chlef sont les moins exigeantes en termes de dot. Les familles se contentent d’une somme symbolique et préfèrent investir ces sommes d’argent dans l’ameublement de la maison. Donc, tout compte fait, pour se marier en Algérie, il ne suffit pas d’être quelqu’un de bien, de responsable, de bonne famille et travailleur, encore moins d’aimer sa future épouse, il faut en plus de tout cela avoir un budget minimum d’un 1,4 million DA. Un budget faramineux pour quelques heures de bonheur que seuls les invités savourent réellement.

Asma Bersali

 

 

 

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1.400.000 dinars !

 

frites omelettes 200 dinars -c'est bon frites omelettes!

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Moi je suis catégorique à propos de ce sujet ..si je me marie c'est à dire si j'aurais un boulot ( une rente) stable qui me permettrait de louer un appart , je me marie sans aucune fête et aucune dépense ..je vais aller directement à la marie et faire un acte ..je m'en fous des qu'en dira-t-on de la société

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C'est ce qu'il faut en religion, on dit que ce genre de mariage est béni. Rien que chouffa ici il faut les gâteaux du thé, les gâteaux du café, les gâteaux lorsqu'ils arrivent, les gâteaux avec lesquels ils repartent, ils ont créé toute une procédure inutile et onéreuse et fatiguante.

Je suis sûre que c'est les familles constituées d'un père d'une première femme qui a déjà des enfants et qui a de nouveau des enfants, de la seconde femme qui a plus de 10 enfants, d'une autre femme qui n'a aucun lien avec les 2 premières etc. donc ils sont assez nombreux pour préparer tout ça.

 

Je vous assure que cela existe.

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Mariage tardif (I)

Le poids des contraintes sociales et des traditions

 

 

El Watan

le 25.08.17 | 12h00

 

Un budget énorme, un logement non accessible, des traditions difficiles à suivre ou juste un choix personnel… Les jeunes Algériens, dépassés par les conditions économiques et socioculturelles, voient leur rêve de mariage, enfants et foyer s’envoler. L’âge du mariage recule, et plusieurs conséquences en découlent. Enquête.

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Sur les 18 millions de femmes recensées, plus de 11 millions d’Algériennes sont célibataires

 

 

Les Algériens s’unissent de plus en plus tard et les mariages se font plus rares dans la société algérienne. Constat établi par de nombreuses recherches et études, soutenues par les derniers chiffres de l’enquête de l’Office national des statistiques (ONS) portant sur la situation démographique du pays.Selon cette enquête, comparativement à 2015, l’année 2016 a connu une baisse substantielle de mariages estimée à 12 000 unions de moins, soit -3,4%. Si jusqu’à un passé récent, la société algérienne était connue pour les unions à un âge précoce, ce n’est plus le cas aujourd’hui. L’âge du mariage est passé de 17 à 19 ans, en moyenne, à près de 30 ans pour les femmes et 33 ans et plus pour les hommes. Selon Mohamed Daoud, professeur de sociologie à l’université Ahmed Ben Bella, Oran 1, ce retard à entrer en union concerne de nos jours les hommes comme les femmes. «Avant, les hommes se mariaient dès la puberté et les femmes à la nubilité, soit à l’âge de 16 ans, peut-être moins dans certaines familles et certaines régions, mais les choses ont beaucoup changé et évolué. Il y a ceux ou celles qui arrivent à la cinquantaine sans avoir été mariés.La famille a beaucoup évolué, d’où un certain nombre d’exigences et de besoins exprimés par les nouvelles générations, comme vivre loin et indépendamment des parents», analyse-t-il. Il explique que si ces jeunes se retrouvent dans cette situation, c’est parce qu’ils n’ont pas forcément le choix, car vivre en célibataire dans une société comme la nôtre est, selon lui, un choix très difficile à assumer, pour plusieurs raisons qui relèvent de l’ordre social, culturel et religieux. «Être célibataire, surtout pour la fille, est mal considéré à tous points de vue. Je crois que les conditions socioéconomiques et culturelles dans lesquelles vivent nos jeunes sont pour beaucoup dans ce recul, se marier en Algérie est trop contraignant.» Mohamed Kouidri estime, quant à lui, que ce recul peut être imposé par les conditions de vie des jeunes comme il peut intervenir d’un choix personnel. Ce sociologue parle de l’évolution de la société et estime que «c’est une question qui se réfère à l’évolution sociologique de la société algérienne, et bien sûr, ce sont les jeunes générations qui expriment par leurs comportements le sens de cette évolution. Autrement dit, le recul de l’âge du mariage est un phénomène sociologique qui s’explique par la conjonction de plusieurs facteurs démographiques, historiques, économiques, et socioculturels.»

Etudes supérieures

Dans le structurel, Mohamed Kouidri explique son hypothèse par la transition démographique algérienne qui entre dans sa phase finale où la mortalité est au plus bas de même que la fécondité, le développement humain et socioéconomique général qui a entraîné, sur le plan socioculturel, une forte capillarité sociale. «L’irruption, en contre-choc avec l’ancienne famille nombreuse sublimée, d’un individualisme exacerbé fait que les jeunes sont de moins en moins pressés de réaliser l’ancien schéma de la réussite familiale et se consacrent de plus en plus fortement et pendant plus longtemps à réaliser les nouveaux schémas de réussite socio-individuelle, comme les études supérieures, occuper des postes élevés, gros revenus…», affirme-t-il. Le cas de Yasmina confirme ce constat.Si cette jeune femme de 27 ans, diplômée et employée, ne pense toujours pas au mariage, c’est parce que, pour elle, se construire une carrière professionnelle prime. Loin des critiques et remarques de son entourage qui commence déjà à la traiter de vieille fille, Yasmina préfère évoluer dans son travail, occuper les postes les plus importants dans son domaine, gagner plus d’argent et réussir sa vie professionnelle avant d’arriver au mariage, qui n’a pas de place dans son échelle de vie avant la trentaine et plus. «Je ne me vois pas mariée avant l’âge de 30 ou 32 ans. Certains diront qu’à cet âge, je serai vieille fille, moi je ne partage pas cet avis. Je me trouve encore jeune. Je ne me vois pas tenir une maison», confie la jeune femme. Et de poursuivre : «Je préfère prendre mon temps afin que le jour où je déciderai de franchir le cap, je le ferai correctement. Pour l’instant, je préfère me construire une carrière. On n’est jamais à l’abri d’une mésaventure. Le mariage n’a jamais été une fin en soi pour moi. Si ça vient, tant mieux, sinon tant pis. Ce qui est certain par contre, c’est que je ne laisserai jamais tomber mon travail, et ce, même en étant mariée.On ne sait pas de quoi demain sera fait, et mon boulot reste une sécurité.» Par ailleurs, dans son rapport Mutations familiales en milieu urbain, publié en 2015, le Centre de recherche en anthropologie sociale et culturelle (Crasc) explique la forte augmentation du coût des mariages par l’externalisation d’un certain nombre de tâches autrefois assurées par les femmes. Les repas sont de plus en plus souvent commandés aux traiteurs, les gâteaux aux pâtissiers et certains futurs époux font aussi appel à des serveurs.

Dépenses

En effet, les traditions culturelles et les conditions économiques des jeunes Algériens sont pour beaucoup dans ce recul. Selon le professeur Mohamed Daoud, les dépenses pour fonder une famille sont très coûteuses, souvent démesurées. D’une région à une autre, le mariage passe par plusieurs étapes et à chacune ses dépenses. De la khotba à la grande fête, en passant par les fiançailles et le djhaz de la mariée, il faut aux futurs mariés et leurs familles des mois et des mois d’économies pour arriver à assumer les frais du mariage. «Tout cela demande de l’argent, et à cette occasion, les familles veulent montrer aux autres leur “prestige économique’’, leur réussite sociale, quitte à s’endetter pour ceux qui n’ont pas les moyens, afin d’éviter les critiques de l’entourage et du voisinage.Pour ceux qui organisent la fête chez eux, ça peut durer de trois jours à une semaine…», assure le sociologue. Soulignant que cela c’est seulement pour le mariage. Car avant de prétendre à se marier, «le futur époux doit disposer d’un logement, d’un travail bien rémunéré, une voiture si possible. Les jeunes filles sont très exigeantes, beaucoup d’entre elles ne veulent pas vivre avec la belle-famille. Toutes ces dépenses vont dissuader les jeunes gens... ceci en plus de la question lancinante du choix du conjoint, sur quels critères s’appuyer : l’endogamie, l’exogamie, le statut social de la famille de l’un ou de l’autre, etc.» Samir et Sana en témoignent. Il a fallu à ce jeune couple de 30 et 29 ans plusieurs années pour tout préparer et, surtout, rassembler beaucoup d’argent : «On était toujours étudiants quand on s’est connu, après le diplôme et l’officialisation, on a fait tout pour trouver un bon job et pouvoir préparer notre mariage.» Sana et Samir sont restés plus de trois ans fiancés avant de pouvoir sceller leur union le mois de septembre prochain.«Pour le mariage, il faut louer une salle des fêtes, payer un groupe de musique, préparer des gâteaux et un dîner pour plusieurs dizaines de convives, et je ne parle même pas des tenues», explique la future mariée. Soulignant que durant cette période d’économie, le couple a pu ramasser une bonne somme pour la location d’un appartement, car avec leurs salaires, ils ne peuvent même pas penser à l’achat. «On s’est engagés à préparer nous-mêmes notre nouvelle vie sans pénaliser nos parents. On a choisi d’être indépendants et de vivre seuls et on a dû tout faire pour y arriver… c’est un choix et on l’a assumé.»

Harcèlement

Attendre trois ans juste pour pouvoir organiser une fête et se procurer une maison n’a pas été facile pour Sana et Samir. «On a mal vécu cette période. On était tous les deux stressés, à compter sou par sou nos économies, d’année en année les prix augmentaient et les dépenses se multipliaient. Ce stress a beaucoup joué sur notre couple et l’a menacé à plusieurs reprises», témoignent-ils. En effet, pour le professeur Mohamed Daoud, les répercussions de ce recul sont énormes sur les jeunes, qu’ils soient hommes ou femmes, qui ne se marient pas au moment où il faut, qui vont vivre plusieurs handicaps, psychologiques et sociologiques.«L’être humain a besoin à partir d’un certain âge d’aller vers l’autre sexe, de vivre pleinement sa sexualité, d’avoir de l’affection, des enfants. Bref, d’avoir une vie indépendante de ses parents, une vie privée, voire une intimité. Pour le garçon, affirmer sa virilité, pour la femme, vivre le sentiment maternel, etc.», explique-t-il. Et pas que. L’absence d’un partenaire féminin dans la vie d’un homme peut éventuellement l’amener à commettre plusieurs écarts d’ordre moral qui peuvent porter atteinte à son image et perturber le tissu social. Un mariage réussi et bien assumé éloignera certainement nos jeunes de telles pratiques éhontées.Avis partagé par le sociologue Mohamed Kouidri. Selon lui, le recul de l’âge du mariage favorise l’apparition de plusieurs phénomènes et fléaux au sein de la société, tels que les viols et le harcèlement sexuel.«Dans le contexte algérien, tout est en faveur de l’explosion du harcèlement, des agressions, des viols, de l’homosexualité, la pédophilie, l’inceste, etc. Je peux certifier qu’ils existent bel et bien, et certainement moins que dans les sociétés où les contraintes à l’activité sexuelle sont moins pesantes», souligne-t-il. L’apparition de ces fléaux est directement liée au fait qu’il est très difficile pour un jeune Algérien d’entrer en activité sexuelle s’il ne se marie pas. «La pression psychophysiologique exercée sur les jeunes, depuis l’adolescence, est énorme. Pour en prendre la mesure, il faut réaliser que l’on est en train de parler de jeunes qui, dans leur écrasante majorité, n’osent même pas en parler. Elle devient de plus en plus insupportable lorsque l’âge du mariage communément admis est dépassé», affirme l’expert. Il va plus loin : «Les séquelles déviationnistes peuvent persister parfois au-delà du mariage pour certains sujets. Heureusement que les spécialistes nous disent que ces cas restent marginaux même si leur nombre tend à progresser.»

Ryma Maria Benyakoub

 

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Mariage tardif (II)

Le poids des contraintes sociales et des traditions

El Watan

le 25.08.17 | 12h00

 

Equilibre

Par ailleurs, sur le plan démographique, qui dit recul de l’âge du mariage, dit recul de la fécondité et par conséquent du taux de natalité, progression du célibat et ainsi réduction du nombre d’enfants. Selon le sociologue Koudiri, à terme, cela mettrait l’Algérie dans la même situation dans laquelle se trouve actuellement l’Europe. : plus de vieux que de jeunes. A cet effet, le retard pour entrer en union devient un problème important menaçant l’équilibre de toute la société et beaucoup de choses restent à faire pour le rattraper. Pour le professeur Mohamed Daoud, d’une part, il faut commencer par «dépassionner cette institution matrimoniale et la réduire à une simple union entre deux êtres humains de sexes différents et qui partagent un certain nombre d’affinités, qui s’apprécient, s’aiment et désirent fonder ensemble une famille, d’avoir des enfants et de vivre dans le bonheur.Pour cela, il faut favoriser les rencontres saines, la mixité sur fond d’une bonne éducation.» D’autre part, l’Etat doit prendre en charge les aspects économiques, comme le logement et le travail, ainsi que l’effort fourni par nos jeunes pour réussir socialement. «Mais le gros problème, ce sont les traditions et les dépenses faramineuses qui sont un repoussoir pour ceux ou celles qui veulent convoler en justes noces, d’où la nécessité de changer les mentalités par tous les moyens éducatifs, culturels et par des orientations religieuses qui doivent pousser les gens à s’éloigner du gaspillage…», conclut l’expert.Pour le sociologue Mohamed Kouidri, c’est surtout ce stade d’évolution de la société algérienne qu’il faut bien analyser, en faisant intervenir toutes les théories, les partis politiques, les associations et les spécialistes, pour permettre à la société, dans son ensemble, de continuer à évoluer sans trop de drames. «Malheureusement, à la différence d’autres sociétés plus évoluées sur cette question, qui ont eu plus de temps à mettre en œuvre ce dépassement, la société algérienne est condamnée à vivre dans la douleur des contradictions qui s’accumulent à une vitesse jamais connue auparavant dans toute l’histoire de l’humanité», conclut Mohamed Kouidri.

Les dépenses du mariage et le logement : premières causes

Les conditions socioéconomiques et culturelles dont lesquelles vivent nos jeunes sont les principales causes du recul de l’âge du mariage au sein de la société algérienne. L’homme doit à tout prix se procurer un logement décent pour pouvoir fonder une famille, ce qui n’est pas facilement accessible pour la majorité des familles. Aussi, pour éviter les critiques des proches et du voisinage, les futurs mariés et leur famille se retrouvent obligés d’organiser une fête de mariage distinguée à un budget exorbitant.

Des répercussions fatales sur la vie psychologique

Le retard du mariage peut avoir des répercussions importantes sur la vie psychologique et sociologique des jeunes hommes et femmes contraints de se marier au moment où il le faut. En l’absence du conjoint, l’être humain, qui a besoin de vivre pleinement sa vie sexuel et son indépendance, peut aller jusqu’à commettre plusieurs écarts d’ordre moral qui peuvent porter atteinte à la société. Pas que, plusieurs chercheurs et experts relient le recul de l’âge du mariage avec l’augmentation des cas de viol, agressions et harcèlements sexuels et ainsi du nombre des enfants nés sous X.

Les études et le travail, priorité des femmes

Si l’âge du mariage est passé de 17 ans et 19 ans à 30 ans pour les femmes et 33 ans et 35 ans pour les hommes, c’est aussi parce que les femmes algériennes ont été intégrées dans le monde de la scolarisation et du travail et ainsi les femmes deviennent indépendantes de leur famille. En Effet, selon une étude, la scolarisation des filles, leur intégration dans l’emploi et le développement de leur statut au sein de la société a accompagné l’augmentation de l’âge du mariage de plus de 10 ans depuis plusieurs décennies.

Le saviez-vous ?

Selon le professeur Badra Mimouni du département de psychologie et des sciences de l’éducation université d’Oran et directrice de recherche au

CRASC :

Le recul de l’âge du mariage peut créer un sentiment d’anxiété et d’insécurité, en particulier chez les femmes qui voient leur chance de se marier diminuer (alors qu’elles sont socialisées pour fonder une famille). Le risque de ce recul, c’est la peur de dépasser la phase fatidique (la ménopause) et ne plus pouvoir enfanter : peur d’être baïra et peur d’être «tinacha», cela crée de l’angoisse et un sentiment de frustration qui peuvent entraîner dépression ou troubles du caractère, etc.Si ce recul a des inconvénients, il a aussi des avantages. Il a permis aux femmes de faire des études, de ne pas avoir des enfants trop tôt, ce qui présente des risques sur leur santé et sur le nombre d’enfants à avoir. Car quand on commence à enfanter à 16 ans, cela prolonge la période de fécondité et les femmes peuvent en pâtir.Le refus du mariage intervient de différents facteurs, comme dans le cas des jeunes qui sont trop choyés par leur famille, ce qui finit par leur donner trop de bénéfices secondaires, la peur de la responsabilité, une personnalité «introvertie» qui se suffit à elle-même et n’a pas besoin d’autrui.Certaines jeunes femmes se consacrent à prendre en charge leurs parents malades ou dépendants et ne se marient pas par peur que leur époux les empêche de s’en occuper. Dans d’autres cas, les jeunes ne pensent pas au mariage pour des raisons purement égoïstes. Ces jeunes n’ont pas envie de perdre leur confort pour s’occuper d’un époux ou d’une épouse encombrant(e) et des enfants braillards.

Ryma Maria Benyakoub

 

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