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Guest Luciana

Les plus belles et plus célèbres correspondances

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Guest Luciana

Je commencerai par la magnifique correspondance entre May Ziadah et Khalil Gibran ...merci à toi, Zlabya, de m'avoir rappelé ces deux là :o et donc de m'avoir inspiré ce topic.

Du Caire, une lettre de May Ziadah à Gibran,

datée du 15 janvier 1924

 

« Mes épanchements auprès de vous - que signifient-ils ? Je ne sais pas vraiment ce que je veux dire par tout cela. Mais je sais que vous êtes mon bien-aimé et que je vénère l'Amour. Je dis cela en sachant parfaitement que le plus petit Amour est grand. La pauvreté et les épreuves qui vont de paire avec l'Amour sont de loin préférables à la richesse sans lui. Comment se fait-il que j'ose avouer ces pensées ? En faisant cela, je les perds... néanmoins, j'ose le faire. Dieu merci, j'écris tout cela au lieu de le dire, parce que si vous étiez maintenant ici, présent en chair et en os, je me rétracterais et vous fuirais pour longtemps, et ne vous permettrais de me revoir qu'après que vous ayez oublié mes paroles.»

 

« Je me reproche même de vous écrire, car en écrivant je trouve que je prends beaucoup trop de libertés ... et je me rappelle les paroles des sages de l'Orient : « Il vaut mieux qu'une jeune femme ne sache ni lire ni écrire. » A ce point de mes réflexions se profile devant moi Thomas l'incrédule. L'hérédité a-t-elle quelque chose à voir avec ceci, ou s'agit-t-il de quelque chose de plus profond ? Qu'en est-il ? Je vous en prie, dites-moi ce que c'est. Dites-moi si j'ai raison ou tort, car j'ai confiance en vous, et par tempérament je crois tout ce que vous me dites ! Que j'aie tort ou raison, mon coeur vous est acquis, et il vaut mieux qu'il reste auprés de vous en gage de protection et de tendresse pour vous garder et vous chérir. »

 

« Le soleil a sombré sous l'horizon lointain, et entre les nuages, merveilleux de forme et d'aspect, est apparu un astre unique et brillant, Vénus, la déesse de l'Amour. Je me demande si cet astre est habité par des gens comme nous, qui aiment et sont remplis d'un désir éperdu. Se peut-il que Vénus ne soit pas comme moi et n'ait pas son Gibran - une lointaine et belle présence, qui est en réalité très proche - et se peut-il qu'elle ne soit pas en train de lui écrire en cet instant même, alors que le crépuscule vacille au bord de l'horizon, sachant que l'obscurité succédera au crépuscule, et que la lumière succédera à l'obscurité; que la nuit succédera au jour et que le jour succédera à la nuit, et que cela continuera maintes et maintes fois avant qu'elle ne voie son bien-aimé ? Toute la solitude du crépuscule se glisse ainsi en elle, et toute la solitude de la nuit. Elle jette alors sa plume, et elle se protège de l'obscurité derrière le bouclier d'un seul nom : Gibran. »

 

Réponses de Khalil Gibran (extraits)

 

"Comme vos lettres me sont douces, May, et combien délicieuses. Elles sont comme une rivière de nectar qui descend du sommet de la montagne et se fraie en chantant un chemin dans la vallée de mes rêves. Elles sont comme le luth d'Orphée, qui attire ce qui est éloigné et transforme ce qui est proche, et grâce à ses hymnes enchantés, métamorphose les pierres en torches enflammées et les branches en ailes frémissantes.Le jour où une de vos lettres arrive est pour moi comme le sommet de la montagne - aussi que dirais-je d'un jour où trois lettres arrivent en même temps ? Ce jour là je quitte les sentiers battus du temps pour errer dans les rues " d'Iram aux colonnes "

 

New York,26 février 1924

 

Nous avons eu aujourd'hui une terrible tempête de neige. Mary, vous savez combien j'aime toutes les tempêtes et en particulier les tempêtes de neige. J'aime la neige et sa blancheur, j'aime la voir tomber dans un profond silence, au fond des vallées inconnues et lointaines où les flocons scintillent à la lumière du soleil, brasillant un instant avant de fondre et de couler doucement en murmurant leur chant.

 

J'aime la neige et le feu ; tous les deux procèdent de la même source, mais mon amour pour eux n'a jamais été qu'une prédisposition pour un Amour plus grand, plus vaste et plus sublime. (...)

Je suis heureux que vous m'ayez dit que ma barbe ne m'appartient pas réellement. Vous me faites immensément plaisir, et je crois que le renoncement à ma barbe est l'un de ces évènements d'importance internationale. Cette barbe a occupé une grande partie de mes pensées et m'a causé des épreuves bien inutiles. Mais maintenant que la responsabilité de ma barbe ne m'appartient plus, je lui épargnerai le contact de ma main et le fil de mon rasoir. Laissons-en la responsabilité à ceux qui la revendiquent. Que Dieu bénisse ceux qui en réclament la propriété. Ainsi, votre perspicacité m'évite de me compliquer la vie avec l'aspect pratique de la taille en question...

 

Voyez, mon doux coeur, comment la plaisanterie nous a amené à ce qu'il y a de plus sacré dans la vie. Le mot ( arabe ) rafiqah ( « compagne » ) a fait battre mon coeur, aussi me suis-je levé pour arpenter la pièce comme si j'étais à la recherche de ma « compagne ». Quel étrange effet certains mots ont parfois sur nous - et comme le son de ces mots ressemble au carillon des cloches d'églises au crépuscule. C'est la transmutation du Moi intérieur invisible, qui ( passe ) de la simple expression verbale au silence, de la simple action à la vénération.

Vous me dites que vous avez peur de l'Amour ; pourquoi ma douce ? Craignez-vous la lumière du soleil ? Craignez-vous le flux et le reflux de la mer ? Craignez-vous le jour naissant ? Craignez-vous le retour du printemps ? Je me demande pourquoi vous avez peur de l'Amour.

 

Je sais que l'Amour d'une âme basse ne peut vous satisfaire, et je sais qu'il en va de même pour moi. Vous et moi ne saurions nous satisfaire d'une âme mesquine. Nous sommes exigeants. Nous voulons tout avoir. Nous recherchons la perfection. Je dis, May, que dans cette aspiration qui est la nôtre réside notre accomplissement ; car si notre volonté n'était qu'une ombre parmi les ombres multiples de Dieu, nous atteindrions sans aucun doute l'un des nombreux rayons de la lumière divine.

Ô Mary, ne craignez pas l'Amour ; ne le craignez pas, amie de mon coeur. Nous devons nous soumettre à lui malgré tout ce qu'il peut nous apporter de souffrance, de désolation, de désir éperdu, et aussi de perplexité et de confusion.

 

Écoutez-moi, Mary : aujourd'hui je suis dans une prison de désirs, qui sont nés lorsque je suis venu au monde. Et je suis enchaîné par une vieille idée, vieille comme les saisons de l'année. Aussi pouvez-vous vous montrer indulgente pour moi un moment, dans ma prison, afin que nous puissions finalement émerger dans la lumière du soleil ? Acceptez-vous de me soutenir jusqu'à ce que mes chaînes soient brisées et que nous puissions marcher librement et sans entraves vers le sommet de notre montagne ?

Et maintenant venez plus près de moi, approchez votre front charmant de moi - comme ceci, et que Dieu vous bénisse et vous protège, compagne bien-aimée de mon coeur."

 

 

 

"Au tréfonds de moi,il y a un perpétuel frémissement et une souffrance incessante, et je ne désire changer ni l'un, ni l'autre - dans une pareille situation, un homme ne peut connaître le bonheur; ou le contentement, mais il ne doit pas se plaindre, car la lamentation ne va pas avec un certain réconfort et une transcendance. (...)

 

Quant au bonheur, il vient quand on est ivre du vin de la vie; mais celui dont la coupe est profonde de sept mille lieues et large de sept mille lieux ne pourra jamais connaître le bonheur, à moins que la vie en son entier soit versée dans sa coupe. N'est-ce point votre coupe, May, (large) de mille et une lieues ? (...)

 

Un jour viendra où je m'enfuirai en Orient. La nostalgie de ma patrie me détruit presque, et si ce n'était pas la prison qui m'entoure, les barreaux que j'ai forgé de mes propres mains, je m'embarquerais sur le premier bateau à destination de l'Orient. Mais quel homme est capable d'abandonner sa maison faite de pierres qu'il a passé sa vie à tailler et à mettre en place - Même si sa maison est sa prison parce qu'il n'est ni capable ni désireux de l'abandonner, ne fût-ce qu'un seul jour. (...)

 

Vous me demandez aussi si vous avez des amis dans cette partie du monde. En cette vie, par ce qu'elle contient de douceur blessée et de divine amertume, vous avez bien un ami dans cette partie du monde. Il est résolu à vous défendre, il veut votre bien et veillera à ce que nul mal ne vous advienne. Un ami lointain est parfois plus proche qu'un (ami) prés de soi. La montagne n'est-elle pas plus impressionnante et plus nettement visible pour celui qui traverse la vallée que pour celui qui habite sur ses pentes ?

 

La nuit a étendu son voile sur le studio, et je ne peux plus voir ce que ma main écrit. Mille voeux pour vous et mille salutations, et que Dieu vous protège toujours. "

 

Votre ami sincère, Khalil Gibran

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Je commencerai par la magnifique correspondance entre May Ziadah et Khalil Gibran ...merci à toi, Zlabya, de m'avoir rappelé ces deux là :o et donc de m'avoir inspiré ce topic.

 

Bonne idée, merci à toi de m'avoir indiqué ton topic de comptines pas catholiques

un micro et un public t'attend pour que tu nous chantes la chanson de la bergère. :D

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Guest Luciana
Bonne idée, merci à toi de m'avoir indiqué ton topic de comptines pas catholiques

un micro et un public t'attend pour que tu nous chantes la chanson de la bergère. :D

 

Wech eddani :mdr: :mdr:

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Guest Luciana
:mdr::mdr:

 

Débrouille-toi, le public s'impatiente. :D

 

Non, t'inquiète, il n'existe pas de public ... tout le monde ici sait que j'ai une voix de casserole :p

 

Et arrête de polluer ce topic :mad:

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Guest Luciana

Un petit rappel sur cette correspondance :o

Eloignés par le sort, lui aux Etats Unis, elle en Egypte, telles deux âmes soeurs dans la quête de la réalité ultime, ils ne se rencontrèrent jamais, sauf en imagination et en rêve.

Cette correspondance, de 1912 à 1931, jusqu'à la mort de Gibran, témoigne de l'amitié, puis de l'amour qu'ils se portèrent.

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Un petit rappel sur cette correspondance :o

Eloignés par le sort, lui aux Etats Unis, elle en Egypte, telles deux âmes soeurs dans la quête de la réalité ultime, ils ne se rencontrèrent jamais, sauf en imagination et en rêve.

Cette correspondance, de 1912 à 1931, jusqu'à la mort de Gibran, témoigne de l'amitié, puis de l'amour qu'ils se portèrent.

 

C'était l'amour à distance, comme l'amour virtuel d'aujourd'hui.

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Guest Luciana
C'était l'amour à distance, comme l'amour virtuel d'aujourd'hui.

 

Hahahaha ... oui, c'est exactement ce que je me suis dit en copiant ce texte :D Sauf qu'eux devaient attendre des jours avant de recevoir une lettre et de pouvoir y répondre ...

 

Ils devraient faire un film sur eux! :mad: Je vais contacter Hollywood !

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Hahahaha ... oui, c'est exactement ce que je me suis dit en copiant ce texte :D Sauf qu'eux devaient attendre des jours avant de recevoir une lettre et de pouvoir y répondre ...

Ils devraient faire un film sur eux! :mad: Je vais contacter Hollywood !

 

ça leur donnait le temps de choisir les mots de la lettre suivante.

ce sera un beau film.

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Guest thalwith

Gibran et May mes préférés :o merci pour le partage Luci :)

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Guest Dark Shadow
Pendant 19 ans, May a entretenu une correspondance régulière avec Gibran Khalil Gibran qui s'est développée en une histoire d'amour platonique bien que les deux personnes ne se sont jamais rencontrées. Cette correspondance commença en 1912 et finira par la mort de Gibran en 1931. May lui restera fidèle renonçant au mariage et à toute autre relation amoureuse.

Tmeskhir wellah cet amour trop romantique, il faut vivre ensemble pour voir si vraiment cet amour est reel, :D

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Guest thalwith

ils n'ont pas eu cette chance de vivre ensemble :D

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ils n'ont pas eu cette chance de vivre ensemble :D

 

Si ils ont vecu ensemble ils yaurai pas tout cet amour crois moi :mdr:

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Guest Luciana
Tmeskhir wellah cet amour trop romantique, il faut vivre ensemble pour voir si vraiment cet amour est reel, :D

 

Et voilà la durakwir qui refait surface ! :p

 

C'est ce qui fait la particularité de leur amouuuukhhhh :o s'ils s'étaient rencontrés, et avaient verifié la nature de leurs sentiments, ça aurait juste fait une histoire de plus, de ce qu'il y a de plus banal.

Ça ne devait pas être cool pour eux, mais pour les générations à venir (les bisounours d'entre eux ^^) qui allaient prendre connaissance de leurs échanges ... c'est juste beau :o

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Guest Dark Shadow
Et voilà la durakwir qui refait surface ! :p

 

C'est ce qui fait la particularité de leur amouuuukhhhh :o s'ils s'étaient rencontrés, et avaient verifié la nature de leurs sentiments, ça aurait juste fait une histoire de plus, de ce qu'il y a de plus banal.

Ça ne devait pas être cool pour eux, mais pour les générations à venir (les bisounours d'entre eux ^^) qui allaient prendre connaissance de leurs échanges ... c'est juste beau :o

 

Oh pas aussi dure à cuire que ça :D au fond je suis une grande romantique, je ne nie pas l'existence de l'amour, ni je remets en question leur amour, je voulais juste taquiner un peu ^^ leurs échanges sont très beaux et j'ai meme un pincement au coeur, :D si si c'est vrai :D

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Guest Luciana
Oh pas aussi dure à cuire que ça :D au fond je suis une grande romantique, je ne nie pas l'existence de l'amour, ni je remets en question leur amour, je voulais juste taquiner un peu ^^ leurs échanges sont très beaux et j'ai meme un pincement au coeur, :D si si c'est vrai :D

 

Je te crois :D Et moi aussi :(

 

T'imagines!!! 19 ans de correspondance ! 19 ans qui ont vu des sentiments changer, évoluer, s'intensifier, sans jamais pouvoir se concrétiser. C'est si triste :(

Mais c'est peut être ça qui a construit cette forme de mythe pour eux ... et comme le dit si bien Rose, peut être que s'ils s'étaient rencontrés, ça n'aurait pas été si intense :p !

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Guest thalwith
Si ils ont vecu ensemble ils yaurai pas tout cet amour crois moi :mdr:

 

peut être bien que oui peut être bien que non :D :p je crois aux fins heureuses moi

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Guest Dark Shadow
Je te crois :D Et moi aussi :(

 

T'imagines!!! 19 ans de correspondance ! 19 ans qui ont vu des sentiments changer, évoluer, s'intensifier, sans jamais pouvoir se concrétiser. C'est si triste :(

Mais c'est peut être ça qui a construit cette forme de mythe pour eux ... et comme le dit si bien Rose, peut être que s'ils s'étaient rencontrés, ça n'aurait pas été si intense :p !

 

oui mais 19 ans, je pense que des retrouvailles ne ferai que concrétiser cet amour, je pense que c'est une chance de vivre un amour partagé meme à distance,

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Guest Luciana
oui mais 19 ans, je pense que des retrouvailles ne ferai que concrétiser cet amour, je pense que c'est une chance de vivre un amour partagé meme à distance,

 

Je pense comme toi :o

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Guest Dark Shadow
Je pense comme toi :o

 

C'est cool ^^

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Guest Luciana

Balzac et Mme Hanska :

La meilleure description de cette relation est celle que fait Gonzague St Bris

Dix-huit ans d'amour, seize ans d'attente, deux ans de bonheur et six mois de mariage

 

 

Lettre d’Honoré de Balzac à Madame Hanska

 

Si tu savais combien de superstitions tu me donnes. Dès que je travaille je mets à mon doigt le talisman, cet anneau sera à mon doigt pendant toutes mes heures de travail, je le mets au 1er doigt de la main gauche, avec lequel je tiens mon papier, en sorte que ta pensée m’étreint, tu es là avec moi, maintenant au lieu de chercher en l’air mes mots, et mes idées je les demande à cette délicieuse bague et j’y ai trouvé tout Séraphîta.

 

Amour céleste, que de choses j’ai à te dire, et pour lesquelles il faudrait les saintes heures pendant lesquelles le coeur sent le besoin de se mettre à nu. Les adorables plaisirs de l’amour ne sont que les moyens d’arriver à cette union, cette fusion des âmes. Chère, avec quelle joie, je vois mes fortunes de coeur, et le sort de mon âme assurés. Oui, je t’aimerai, seule et unique dans toute ma vie. Tu as tout ce qu’il me plaît. Tu exhales pour moi, le parfum le plus enivrant qu’une femme puisse avoir, cela seul est un trésor d’amour. Je t’aime avec un fanatisme qui n’exclut pas cette ravissante quiétude d’un amour sans orages possibles. Oui, dis-toi bien que je respire par l’air que tu aspires, que je ne suis jamais avoir d’autre pensée que toi. Tu es la fin de tout pour moi. Tu seras La Dilecta jeune, et déjà je te donne La Prédilecta, ne murmure pas de cette alliance de 2 sentiments, je voudrais croire que je t’aimais en elle, et que les nobles qualités qui m’ont attendri, qui m’ont fait le meilleur que n’étais, sont toutes en toi.

 

Je t’aime, mon ange de la terre, comme on aimait au Moyen Âge, avec la plus entière des fidélités, et mon amour sera toujours plus grand, sans tache, je suis fier de cet amour. C’est le principe d’une nouvelle vie. De là, le nouveau courage que je me sens contre mes dernières adversités. Je voudrais être plus grand, être quelque chose de glorieux pour que la couronne à poser sur ta tête fût la plus feuillue, la plus fleurie, de toutes celles qu’ont noblement gagnées les grands hommes. N’aie donc jamais ni défiance, ni crainte ; il n’y a pas d’abîmes dans les cieux. Mille baisers pleins de caresses, mille caresses pleines de baisers. Mon Dieu, ne pourrais-je donc jamais te faire bien voir combien je t’aime, toi, mon Eve.

 

Honoré de Balzac

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Lettre de Simone de Beauvoir à Jean-Paul Sartre

 

 

Mon doux petit, ma chère petite âme,

 

Vous m’avez écrit une bien douce petite lettre qui m’a remué le cœur parce que je sais bien que c’est vrai – non, vous n’êtes pas un sépulcre blanchi, vous autre mon cœur, et je l’ai bien senti encore à Ramatuelle et je sais aussi que je ne vous perdrai jamais, que quoi qu’il arrive vous serez toujours mon cher petit allié, vous autre moi, et moi non plus je ne suis pas un sépulcre, j’avais le cœur tout battant et les mains qui tremblaient tout à l’heure à la poste quand j’ai cherché et ouvert votre lettre. Pour une fois c’était bien, la poste restante. Je me suis levée à 9h. pendant qu’Algren dormait encore, j’ai couru à la poste qui est tout à côté et l’employé m’a tout de suite dit qu’il y avait une lettre. Je l’ai lue au drugstore à côté en buvant et je me suis promenée un grand moment dans Cincinnati en me racontant de nouveau tout ce que vous me dites et en vous répondant dans ma tête, et cette ville provinciale me semblait charmante par ce matin un peu moite. Je suis revenue à l’hôtel et je vous écris du lobby. Oui, je suis bien flattée de vous manquer mon amour. Pour une fois vous ne me manquez pas, vu qu’il n’y a pas de place pour vous dans ces journées, mais vous êtes mon horizon, mon univers, et tout ce qui m’arrive de plaisant se passe dans votre lumière. À vrai dire je ne vous ai pas quitté, je ne peux jamais vous quitter, vous autre ma vie.

 

Je pense que ma dernière lettre était un peu guindée, vous savez comme c’est : j’écrivais dans la cuisine, avec Algren dans la chambre et ces lettres ont toujours un goût de trahison, même si Algren parle de vous avec amitié et m’a fait cadeau pour vous d’une superbe pipe ; d’autant plus même. Ce matin c’est mieux parce que je suis seule, mais le rendez-vous poste restante avait quand même un petit goût d’adultère. Le fait est que je ne suis pas si gentille, si accommodante, de si bonne humeur dans la vie telle que celle que j’ai avec Algren parce qu’à l’arrière-plan il y a vous et ma vraie vie, et c’est là que commencent le mensonge et la trahison. Bon. Pour l’instant ça ne me tourmente pas. C’est seulement quand j’ai le choc d’une lettre de vous ou quand je vous écris que je le sens.

 

Il a fait gris et mauvais temps tout le temps à Chicago mais, je vous ai dit, les journées ont passé plaisamment à lire, écouter des disques et causer. […]

 

Mon petit, je suis contente que le roman marche bien, ravie avec vous que Suzy Solidor chante votre chanson à New York, contente que la « petite » soit gentille et sans drame. Tout a l’air d’aller très bien pour vous ; vous semblez un peu nerveux dans votre lettre. C’est peut-être la Day qui vous a agacé. Je serais bien heureuse si l’Argentine marchait et que nous nous retrouvions à Rio, mais de toute façon je serai si heureuse de vous retrouver, mon amour, peut-être j’aurai mes petits problèmes et le cœur un peu barbouillé, mais je sais que vous retrouver sera facile parce que je ne vous aurai pas quitté, et pour le reste vous m’aiderez. Mon petit vous m’avez fait cadeau d’un beau voyage, et vous m’avez donné une belle vie heureuse et pleine où tout ce qui m’arrive est heureux parce que vous existez. Merci, mon amour. C’est bien de la chance de pouvoir tant aimer quelqu’un avec tant de sécurité. Merci pour la lettre aussi et pour toutes les choses gentilles que vous me dites, elles m’ont bouleversé le cœur. Pensez quand vous recevrez cette lettre qu’il y a à La Nouvelle-Orléans quelqu’un qui vous aime bien fort : ça vous faisait poétique autrefois. Au revoir, mon doux petit, mon petit allié. Travaillez bien, soyez sage, ne vous tuez pas en avion : si vous étiez gentil vous télégraphierez à New Orleans le 24 ou le 25 afin que je n’aie pas de cauchemar. J’écrirai du bateau. Et samedi prochain, je courrai à la poste. Je vous embrasse de toute mon âme. Je vous aime.

 

Votre charmant Castor.

( Beauvoir, L'Herne )

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Votre charmant Castor.

 

C'est mignon,

mais est-ce qu'elle a vu les snader (les deux dents qui dépassent) du rongeur !:rolleyes:

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Guest Luciana

Man7abhach, cette Simone !

 

Lettre de Simone de Beauvoir à Nelson Algren

Lundi soir 19 Juillet 1948,

 

Nelson, mon cher amour. J'ai reçu une douce lettre, sereine et aimante. "Vous avez l'air heureuse, aujourd'hui !" m'ont dit plusieurs personnes. Oui. Il est minuit et je ne suis pas en miettes, j'ai à peine bu un petit gin dans du jus de pamplemousse (scotch introuvable) et je viens vous embrasser avant de dormir. [...]

 

Genet m'a félicitée de ma vêture et de mon allure, de mon dernier livre et finalement m'a tapée. Il a un nouveau jeune amant, entreprend une nouvelle pièce, mais continue à être exactement semblable à lui-même, comme la plupart des gens. J'ai fait mes adieux à l'amie russe qui part se reposer à la campagne ; nouvelle petite tragédie pour changer ; elle devrait rejouer Les Mouches dans deux mois, et déjà s'en tourne les sangs. [...]

 

J'ai dîné avec son mari, Bost, le jeune auteur du Dernier des métiers. Sur une avenue de Montmartre s'étendait une vaste fête foraine ; par ce morne soir gris les scenic railways, les trains magiques, les loteries, les bateleurs exhalaient un désenchantement qui m'a profondément touchée. C'est Bost, le jeune homme avec qui je couchais depuis de nombreuses années avant de vous connaître, mais j'ai cessé l'année dernière à mon retour de New York pour la raison que vous savez. Cette histoire n'avait plus la même importance qu'autrefois, et donc y mettre un terme non plus, c'est pourquoi je ne vous en ai pas soufflé mot. Nous sommes restés intimes et comme il n'est pas très heureux en ce moment dans ses affaires d'amour, car être marié à une femme telle que la sienne constitue un sérieux obstacle aux affaires d'amour, une certaine mélancolie teintait notre soirée. Et puis, lorsque j'ai arrêté les choses entre nous, ça ne l'a pas fâché, certes, il savait que je ne l'aimais plus d'amour, cependant ça ne lui a pas été agréable et un certain malaise persiste. Si je vous raconte ça, c'est que vous m'avez demandé de vous dire ce qui se passe dans ma tête insensée et que je veux que vous en sachiez le plus possible sur moi.

 

Pour vous, je pourrais renoncer à beaucoup plus qu'à un ravissant jeune homme, vous savez, je pourrais renoncer à la plupart des choses ; en revanche je ne serais pas la Simone qui vous plaît, si je pouvais renoncer à ma vie avec Sartre, je serais une sale créature, une traîtresse, une égoïste. Cela, je veux que vous le sachiez, quoi que vous décidiez dans l'avenir : ce n'est pas par manque d'amour que je ne peux rester vivre avec vous. Et même je suis sûre que vous quitter est plus dur pour moi que pour vous, que vous me manquez de façon plus douloureuse que je ne vous manque ; je ne pourrais vous aimer davantage, vous désirer davantage, vous ne pourriez me manquer davantage. Peut-être le savez-vous. Mais ce que vous devez savoir aussi, tout prétentieux que ça puisse paraître de ma part, c'est à quel point Sartre a besoin de moi.

 

Extérieurement il est très isolé, intérieurement très tourmenté, très troublé, et je suis sa seule véritable amie, la seule qui le comprenne vraiment, l'aide vraiment, travaille avec lui, lui apporte paix et équilibre. Depuis presque vingt ans il a tout fait pour moi, il m'a aidée à vivre, à me trouver moi-même, il a sacrifié dans mon intérêt des tas de choses. A présent, depuis quatre, cinq ans, est venu le moment où je suis en mesure de lui rendre la réciproque de ce qu'il a fait pour moi, où à mon tour je peux l'aider, lui qui m'a tellement aidée. Jamais je ne pourrais l'abandonner. Le quitter pendant des périodes plus ou moins longues, oui, mais pas engager ma vie entière avec quelqu'un d'autre. Je déteste reparler de ça. Je sais que je suis en danger - en danger de vous perdre - et je sais ce que vous perdre représenterait pour moi.

 

Vous devez comprendre, Nelson, je dois être sûre que vous comprenez bien la vérité : je serais heureuse de passer jours et nuits avec vous jusqu'à ma mort, à Chicago, à Paris ou à Chichicastenango, il est impossible de ressentir plus d'amour que je n'en ressens pour vous, amour du corps, du cœur et de l'âme. Mais je préférerais mourir plutôt que de causer un mal profond, un tort irréparable à quelqu'un qui a tout fait pour mon bonheur. Croyez-moi, mourir me révolterait, or vous perdre, l'idée de vous perdre, me paraît aussi intolérable que celle de mourir. Peut-être pensez-vous que voilà bien des histoires, mais pour moi ma vie est essentielle, notre amour est essentiel, ça vaut la peine d'en faire une histoire. Et puisque vous me demandez ce que je pense, et que je me sens en grande confiance avec vous, je vous dis tout ce dont mon cœur est plein. Maintenant, au lit, non sans vous embrasser - un amoureux, amoureux baiser.

 

 

 

 

 

C'est ce qu'on appelle avoir le luc entre deux chaises :mdr: au sens figuré et même propre :mdr:

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mes corespondance preféres sont celles entre freud et jung ....un melange d'intelligence ...de haine assumée ou non .....c'est simplement fantastique !!!!!

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