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Vieux 11/08/2007, 10h43   #11 (permalink)
JILLA
 
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La réunion du GPRA
du 29 juin au 10 juillet 1959 .

L'année 1959 a été très difficile pour la Révolution

par Ali Chérif Deroua*

Sur le plan intérieur, les opérations militaires du Général Challe qui avait reçu un accord signé de la main propre du Général De Gaulle lors d'une de ses visites d'inspection sur le terrain (1), ont débuté par l'opération Couronne en Wilaya 5 du 1er février au 30 mars 1959. L'armée française avait mis le paquet, vingt mille hommes rassemblant les unités de parachutistes affectées à d'autres zones, transportées par une flottille d'hélicoptères et agissant sur renseignements.

Puis le 18 avril il déclencha l'opération Courroie en Wilaya 4 avec les mêmes forces mises au repos pour deux semaines et les mêmes moyens qui durera jusqu'au 20 juin visant surtout les monts de Blida et l'Ouarsenis.

Le 21 juillet c'est l'opération Jumelles en Wilaya 3 avec les mêmes forces aguerries par l'expérience et un débarquement de troupes au Cap Sigli qui prendra fin le 6 septembre.

Le 7 novembre débutait l'opération Pierres Précieuses en Wilaya 2. Elle n'a pas donné les résultats escomptés à cause du mauvais temps et aussi de la décision des responsables de cette Wilaya d'éparpiller les forces par petits groupes et éviter tout accrochage si possible.

Ces opérations «rouleaux compresseurs» avaient pour but la destruction et l'anéantissement de l'Armée de Libération Nationale et de son Organisation.

Elles devaient se poursuivre en Wilaya 1 début 1960, mais après l'insurrection des barricades, l'intervention du Général de Gaulle sur ce sujet et le rappel du Général Challe en France, cette opération malgré un début d'exécution, a été reportée sine die.

D'autre part, le 28 mars 1959 en route pour Tunis, les colonels Amirouche et Haouès tombaient au champ d'honneur.

Enfin, les Français avaient bouclé les barrages électrifiés sur les frontières Est et Ouest de l'Algérie et il était très difficile de ravitailler en armement les forces de l'intérieur.

Sur le plan extérieur, le GPRA était confronté aussi en son sein, à une crise avec la démission de Lamine Debaghine de son poste de ministre des Affaires étrangères suite à la mort de Allaoua Amira.

Début mai 1959, des incidents graves s'étaient produits à la frontière en Tunisie entre des éléments de l'ALN et l'armée tunisienne faisant état de morts de part et d'autre.

Auparavant, au mois de novembre 1958, l'affaire Lamouri avait créé un malaise entre le GPRA et l'Egypte.

C'est dans un climat pour le moins critique et morose que le GPRA se réunit le 29 juin 1959.

La veille, Boussouf m'informa de me préparer pour être le secrétaire de cette réunion. Je compris alors pourquoi deux semaines auparavant, il m'avait demandé de suivre des cours de sténo. Il avait suggéré à ces collègues l'enregistrement des débats, ce qu'il n'a pu obtenir, Abbas et Krim étant contre.

Dans la salle de réunion, il y avait une table carrée avec onze sièges et au fond à droite un petit bureau qui m'était réservé. Le 29 juin à 9 heures, je me suis pointé au deuxième étage du siège du GPRA, étage où se trouvaient les bureaux de la Présidence.

Il y avait déjà le Président Abbas et Boussouf qui avaient pris leur place. Les autres prenaient place au fur et à mesure de leur arrivée.

Autour de la table, face à la porte d'entrée, il y avait Ferhat Abbas avec à sa droite Krim Belkacem, côté droit Benyoucef Benkhedda, Mahmoud Chérif, Ahmed Francis, en face du Président, Abdelhafid Boussouf, Lakhdar Bentobbal, Abdelhamid Mehri, puis côté gauche Mhamed Yazid, une chaise vide prévue pour Lamine Debaghine et Tewfik El-Madani.

Ferhat Abbas ouvrit les débats en regrettant l'absence de Debaghine, demandant à ses ministres s'il n'était pas préférable de reporter la réunion au lendemain afin de faire revenir ce dernier sur sa décision de ne pas y assister.

Il faut signaler que Debaghine avait présenté sa démission du gouvernement le 15 mars 1959, que celle-ci a été retenue, en attendant de la soumettre au prochain CNRA. La nouvelle n'a pas été ébruitée pour sauvegarder l'unité de la direction.

L'ordre du jour était :

Bilan de 9 mois de gouvernance;

Situation à l'intérieur du pays;

Problèmes avec les pays frères Tunisie, Maroc, Egypte;

Démission Debaghine;

Convocation congrès du CNRA et désignation de ses membres.

Après la présentation de l'ordre du jour, Abbas a donné la parole à Krim qui rejeta l'ordre du jour et demanda un changement de gouvernement, critiquant la mauvaise gestion de Ferhat Abbas et demandant la démission du dit gouvernement.

Tous les ministres savaient que Krim ambitionnait de présider le nouveau gouvernement et qu'il n'avait aucune chance d'y parvenir, Boussouf et Bentobbal s'y opposant d'emblée.

Tour à tour, Benkhedda, Francis et Mehri prirent la parole pour défendre le gouvernement et contrer la demande de Krim. Yazid et El-Madani se sont abstenus d'intervenir, Boussouf et Bentobbal semblaient non concernés, chuchotant entre eux des paroles inaudibles aux autres. Le Président Abbas en accord avec la majorité des membres demanda une suspension des travaux afin de calmer les esprits.

Après une journée de tractations et de négociations, le gouvernement se réunit de nouveau, soit le 1 juillet 1959.

Dès le début des discussions, l'incident le plus grave eut lieu entre Mahmoud Chérif et Krim. Ce dernier lui reprochait de ne pas le soutenir, lui rappelant qu'il lui devait sa promotion en tant que colonel de la Wilaya Une, puis de membre du Comité de Coordination et d'Exécution puis de ministre de l'Armement Général. Mis en cause dans la situation à la frontière tunisienne, Mahmoud Chérif s'en prit à son collègue en des termes sévères: le désordre aux frontières c'est toi, le complot de Lamouri et son exécution c'est toi, la désertion de Hambli et ses 130 djounouds c'est toi... etc. etc. Ils en arrivèrent même aux menaces telles que «je te briserai» et l'autre de rétorquer «je te supprimerai». Avec la gravité des échanges et la tournure des débats, le Président Abbas fut obligé de lever la séance pour arrêter la réunion. Il y eut les jours suivants plusieurs rencontres et conciliabules entre certains ministres pour trouver une issue à la crise sans résultat.

Certaines de ces rencontres se passaient dans la même salle de réunion, d'autres dans les bureaux de certains ministres.

Pour ma part tous les matins, à 10 heures, je me pointais dans la salle de réunion, attendant la reprise des discussions. Souvent j'assistais, sans y être invité, à certaines réflexions, points de vue ou analyses de ces responsables dont je bénéficiais de la pleine confiance, les fréquentant depuis la proclamation du GPRA.


Le 10 Juillet 1959, Abbas revient avec la proposition suivante :


Citation:Message aux chefs et aux comités de Wilaya.

Au cours de la dernière réunion du Conseil des ministres, j'ai constaté qu'une crise grave avait conduit le gouvernement à l'impasse.

N'ayant pu faire appel à l'arbitrage du Comité Permanent de la Révolution (2) et du Conseil National de la Révolution Algérienne dont la composition est contestée par certains, le gouvernement s'est trouvé paralysé.

Dans ces conditions, je prends toutes mes responsabilités en tant que chef du gouvernement et je vous invite à vous réunir dans le plus bref délai, pour doter la Révolution d'un CNRA incontesté. Celui-ci sera alors habilité à :

1°) recevoir la démission collective des ministres actuels;

2°) investir un autre gouvernement;

3°) donner à notre Révolution une nouvelle stratégie militaire, politique et diplomatique dignes de notre lutte d'indépendance et des grands sacrifices que cinq années de guerre ont imposés à notre peuple.

Les ministres en exercice continueront à assurer leurs fonctions jusqu'à ce que le nouveau gouvernement ait reçu l'investiture. Le ministre des Forces armées est chargé de vous réunir et de vous communiquer le présent message.

Mes collaborateurs et moi-même restons à votre disposition pour vous seconder dans votre mission et vous donner tous renseignements utiles à l'accomplissement de votre tâche.



Fait au Caire le 10 juillet 1959
Ferhat Abbas Président du GPRA



Le texte du message a été adopté à l'unanimité des membres présents moins une abstention, celle de Benkhedda, et une absence, celle de Debaghine.

C'est à partir de ce message qu'il y a eu la fameuse réunion des 10 colonels et que Benkhedda qualifie de 2ème coup d'Etat de la Révolution.

Contrairement à tout ce qui a été raconté par la plupart des auteurs sur la Révolution Algérienne, cette réunion, malgré toute la gravité des propos échangés, s'est déroulée sans armes ni sur la table, ni sous la table, ni sur les personnes. En plein mois de juillet au Caire, la température avoisine les 40° et tous les membres présents étaient en bras de chemise, y compris le Président Ferhat Abbas.


--------------------------------------------------------------------------------
* Ancien responsable au MALG

(1) Page 404, L'Heure des Colonels, Yves Courrière, Casbah Editions

(2) Annexe 11, pages 136 et 137 «L'Algérie à l'indépendance, la crise de 1962" par Benyoucef Benkhedda, éditions Dahlab
 
Vieux 11/08/2007, 10h48   #12 (permalink)
JILLA
 
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le coup d’Etat du 19 juin 1965

Voiçi un temoignage pour la memoire et contre l'oubli :
d'une victime de cette trahison de cette lugubre date
:

Citation:
Houari Mouffok, ancien militant de l’UNEA

Le militant étudiant et les tortionnaires

El Watan du 09 novembre 2003

el watan:
Monsieur Houari Mouffok, vous avez été arrêté en 1965 par la Sécurité militaire lorsque la répression s’était abattue sur des centaines d’Algériens dans les jours, les semaines et les mois qui ont suivi le coup d’Etat du 19 juin. Pouvez-vous rappeler brièvement les données de ce contexte aux lecteurs d’El Watan ?

Houari Mouffok:
En réalité, j’ai été recherché par les services de sécurité après la déclaration que j’ai faite au nom du comité exécutif de l’UNEA et qui dénonçait le coup d’Etat du 19 juin 1965 et exigeait la libération de Ben Bella, président de la République, garant de l’application de la charte d’Alger. Je suis entré en clandestinité, puis je me suis rendu au Maroc. La répression s’est abattue sur les compagnons de Ben Bella comme Benalla, le Dr Nekkache et autres, sur les leaders du PCA comme Bachir Hadj Ali, Sadek Hadjerès… et la gauche du FLN, comme Harbi, Zahouane… qui ont constitué l’Organisation de la résistance populaire. Les étudiants ont payé un lourd tribut en raison de leurs actions pour les libertés démocratiques.

el watan:
Dans un écrit qui a été publié par El Watan le 7 octobre 2003, vous exigez des autorités des compensations. Avez-vous subi des tortures ou autres sévices durant le temps qu’a duré votre incarcération après votre retour du Maroc où vous avez été, par ailleurs victime de traitements inhumains ?

Houari Mouffok:
En effet devant le silence des autorités face à mes doléances, j’ai décidé de lancer un appel aux nombreuses victimes du régime instauré par le coup d’Etat du 19 juin pour qu’elles se rassemblent et exigent leur rétablissement dans leurs droits moraux et matériels. Il est injuste que, alors que des personnalités politiques ont bénéficié d’indemnisations, la quasi-totalité des victimes soit oubliée. Personnellement j’ai été arrêté à Rabat, torturé au commissariat central et séquestré pendant 45 jours au bout desquels j’ai été remis aux services algériens en échange d’exilés marocains de l’opposition qui avaient trouvé refuge à Alger. J’ai fait l’objet de sévices inhumains de la part de la sécurité militaire et ce n’est qu’en novembre 1965 que j’ai été transféré à la prison d’El Harrach où j’ai retrouvé les autres détenus politiques.

el watan:
Que vous reprochait la Sécurité militaire algérienne ?

Houari Mouffok:

La Sécurité militaire a arrêté tous les opposants du 19 juin, en les accusant d’association de malfaiteurs. En réalité en ce qui me concerne, ils n’avaient aucun motif si ce n’est la déclaration dont je parle plus haut et qui a été publiée dans le quotidien Le Monde.

el watan:
Avez-vous une idée de l’identité de vos tortionnaires ? Quels sont leur nom, grades et fonctions ?

Houari Mouffok:

C’est le capitaine Benhamza qui m’a arrêté et enfermé dans une cellule de 1 m2 et 50 cm de haut où je suis resté trois jours… Un véritable calvaire. Transféré dans une cellule plus «vivable» j’ai eu affaire — chance dans le malheur — à une ancienne connaissance de Mostaganem, comptable dans une maison de gros, que mes compagnons de détention, retrouvés à El Harrach, appelaient le «balafré» et qui était particulièrement «féroce»


el watan:
Vous aviez, sans doute, appris après votre libération que certains de vos compagnons de l’UNEA, des militants du PCA et des membres de l’ORP avaient également subi le sort qui vous avait été réservé, quelle était l’ampleur des arrestations et des sévices infligés à ceux qui s’étaient prononcés contre le coup de force de l’armée ?


Houari Mouffok:
En prison déjà j’ai appris les traitements cruels dont ont été victimes mes compagnons. Deux livres de référence dans ce domaine : Les Torturés d’El Harrach de Henri Alleg et L’Arbitraire de Bachir Hadj Ali.


el watan:
Durant les années suivantes, avez-vous été encore maltraité ou l’objet d’ostracisme ou d’autres formes de répression ?


Houari Mouffok:
Quelques semaines après ma libération j’ai été agressé à Oran et laissé pour mort dans un couloir d’immeuble. J’étais l’objet d’une surveillance constante. Par ailleurs, en 1976 lors d’un congrès national des ingénieurs algériens alors que j’étais élu délégué par l’assemblée de wilaya d’Alger à la quasi-unanimité, les responsables du FLN qui contrôlaient le congrès ont tout simplement interdit ma candidature au bureau national. Vous savez, à ma libération en novembre 1966, je me suis retrouvé sans famille, sans logement. En effet, mon appartement du centre-ville a été confisqué par la SM avec tout ce qui s’y trouvait (mobilier, électroménager, albums personnels, correspondance privée…). Je n’ai même pas pu récupérer mes diplômes. Les séquelles de la détention et des sévices m’ont lourdement handicapé durant les premières années de ma carrière professionnelle. Par la suite, marginalisé par le système, ce n’est que grâce à des relations personnelles avec certains responsables comme Belaïd Abdesselem, Sid Ahmed Ghozali ou encore Abdelhamid Brahimi que j’ai pu, par exemple, faire un doctorat d’Etat de sciences économiques à la Sorbonne et travailler pendant trois ans à la représentation de Sonatrach aux Etats-Unis.


el watan:
Vous étiez un jeune à la fin des années 1950 mais vous aviez néanmoins entendu parler de la torture infligée par l’armée coloniale aux Algériens et aux Français partisans de la libération de l’Algérie. Quel a été votre ressentiment lorsque ces pratiques ont eu lieu sous les ordres de responsables politiques et/ou militaires qui, en tant que maquisards, dénonçaient, quelques années auparavant les sévices féroces des militaires français ?

Houari Mouffok:
Après avoir déserté l’armée française, je me suis rendu en Suisse où j’ai découvert La Question de Henri Alleg. J’ai été bouleversé. Ainsi la France, patrie de la Révolution de 1789, torturait ceux qui, en Algérie, se réclamaient de ses principes. Plus tard, comme beaucoup d’autres victimes des tortures que nous infligeaient ceux que nous appelions nos frères, j’ai eu le sentiment que l’appétit de pouvoir mène à toutes les dérives.


el watan:
Vous lancez un appel à toutes les victimes du coup de force de juin 1965 en vue de la mise sur pied d’une association. Quels objectifs aura à atteindre cette dernière ?

Houari Mouffok:
J’ai écrit un récit-témoignage paru aux éditions Bouchène à Paris en 1999 et à Alger en l’an 2000. Il retrace les péripéties objet de cette interview et précède l’appel que j’ai lancé le 7 octobre à tous ceux qui ont connu la prison, la torture, la spoliation, la clandestinité, l’exil et ou la marginalisation après le coup d’Etat du 19 juin 1965, pour qu’ils se constituent en une association démocratique qui a pour seul objectif la satisfaction des revendications morales et matérielles.
 
Vieux 11/08/2007, 10h53   #13 (permalink)
JILLA
 
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MOHAMMED BOUDIAF






Annie Rey Goldzeiguer
Historienne, militante anticolonialiste et pour l’indépendance de l’Algérie.

brosse le portrait, « un portrait à plusieurs facettes » de Mohamed Boudiaf, auquel elle était liée par une profonde amitié, avant même de le connaître physiquement, alors qu’il était en prison.
A son sens, et le mien aussi ;s’il est un homme qui incarne le 1er Novembre 1954, c’est bien Mohamed Boudiaf.

Citation:
jeudi 10 mars 2005.
Mohamed Boudiaf était un grand seigneur. Il avait un port d’aristocrate, une intelligence très fine. Il lisait énormément. Mohamed était un homme intègre, vertueux. Un homme très structuré, un organisateur né. Mohamed Boudiaf était animé d’une volonté de démocratie réelle.

Il avait beaucoup souffert du manque de démocratie du PPA, des cooptations. Il pensait que c’était au contraire, en laissant s’épanouir la démocratie, que le peuple algérien avancerait.

Il voulait que l’Algérie intègre la modernité.

Notre groupe, qui s’est formé fin 1955, était constitué d’anciens communistes qui avaient peu à peu pris des distances avec le parti. On était des porteurs de valises.

Nous avions des contacts très étroits avec certains des nationalistes algériens emprisonnés. C’est dans ces conditions que nous avons eu un dialogue avec Mohamed Boudiaf. Mohamed Boudiaf, c’est d’abord l’interlocuteur que je ne connaissais pas, et avec qui j’ai dialogué à travers les murs de la prison.


Mohamed Boudiaf
On s’est connus sans se connaître. On se connaissait d’autant que Gérard Spietzer, qui faisait partie du groupe, a été arrêté et placé en détention avec Boudiaf. Pendant la période précédant le 1er Novembre 1954, Mohamed Boudiaf a joué un rôle essentiel et a continuellement œuvré à l’unité du mouvement nationaliste. Gilbert Meynier (historien) affirme que Mohamed Boudiaf a été centraliste, ce n’est pas vrai.
Boudiaf ne pouvait pas être centraliste, il était pour l’unité.

Il a créé le CRUA qui a échoué, puis les 22. C’est à partir de là qu’a été décidé le recours à la lutte armée, avec l’idée qu’il fallait la lancer et que le peuple suivrait.
Il y a tout l’apport de Mohamed Boudiaf, en particulier dans l’OS, au sein de laquelle il a joué un rôle très important. Il s’était même entraîné à devenir un militaire clandestin.

Les membres de l’OS éprouvaient pour Boudiaf un attachement filial. Il ne les a pas abandonnés, il les a soutenus. Les activistes ont lancé le 1er Novembre 1954 en sachant qu’il n’y aurait pas d’alternative, qu’il n’y aurait pas de négociations de troisième force.

C’est Mohamed qui est chargé de la logistique. Il avait déjà prévu les voies d’acheminement des armes et des munitions. Le 1er Novembre 1954, j’étais catastrophée. Je me suis dit, ils vont dans le mur. Cela va recommencer, comme au 8 mai 1945.

Lancer l’insurrection dans l’état de décomposition du PPA, c’était, à mon sens, de la folie. A Niort, il y avait Messali, à Alger, le comité central. Deux congrès se sont tenus, l’un au Hamma, l’autre à Hornu. Ce n’était pas une explosion, comme le 8 mai 1945, le 1er Novembre 1954,

c’était plus limité. Les Français, au début, n’y ont pas cru. C’est ce qui a peut-être permis la lente ruralisation du mouvement de Libération.

A partir du moment où les masses ont été jetées en 1955 dans la lutte, celle-ci prenait une autre tournure. Zighout avait fait du bon travail, militairement parlant, lui qui n’avait rien de militaire. Libérés de prison, Boudiaf et ses camarades sont rentrés en Algérie. Moi, je ne pouvais pas partir à ce moment-là. Je suis arrivée à Alger le 12 ou 13 juillet 1962.

La ville était encore en fête. On avait le sentiment que le peuple algérien s’était levé pour dire qu’il était capable de tout. Notre groupe retrouve Boudiaf. Nous avons parlé toute une nuit.

On sentait de fortes tensions. Très vite, on s’est rendu compte que la scission était irrémédiable, que deux options différentes s’affrontaient : l’une consistait en une démocratie bien organisée, et l’autre, c’était l’armée. Lorsque les troupes d’Oujda sont entrées à Alger, nous avons pris (le groupe de Paris) un taxi à destination de l’aéroport. Nous n’étions pas des pieds rouges.

Nous venions en Algérie parce que nos amis étaient là, parce que c’était notre combat. Nous pensions pouvoir aider à la renaissance de l’université d’Alger. J’étais prête. Je pensais qu’il allait y avoir un moment difficile, et qu’il fallait que, nous, Français, nous assurions la transition. A ce moment-là, nous étions très liés avec Taleb Ibrahimi et Layachi Yaker.

Une formidable capacité d’organisation

Nous avons suivi, effondrés, l’installation de Ben Bella. Il y a eu une conjonction étonnante des services français - on le trouve dans les archives le nom de Ben Bella - et les services égyptiens pour « promotionner » Ben Bella.

Je mène une recherche sur l’action menée sur le long terme par les services de renseignements français, action que les nationalistes algériens n’ont pas pris suffisamment en compte. Nous apprenons, à Paris, l’arrestation de Mohamed Boudiaf. Un historique emprisonné par l’armée !

C’était quand même incroyable ! Mohamed nous avait envoyé ses notes. Je les ai encore. Le groupe s’est réuni pour décider de ce que l’on allait en faire. Nous avons mis en forme les notes, et cela a donné Où va l’Algérie ?. Le livre était prêt. On allait le publier. C’était en 1963. Un jour, on sonne à la porte, j’ouvre : je me trouve devant Mohamed. Je le revois encore avec son trench-coat. Il me dit : « Je n’ai rien, même pas un bagage. » Il est resté plusieurs mois chez moi.

Pendant presque un an, il tente de faire une percée politique avec le PRS dans l’immigration, d’une part, par la distribution de tracts, des conférences, d’autre part, par un travail vers les anciens de la Fédération de France, mais aussi en province, à travers des tournées. Je me souviens de la première conférence qu’il avait faite.


C’était dans une salle du 5e arrondissement de Paris. Il avait parlé du projet qu’il avait pour l’Algérie, un projet de pays démocratique où l’armée rentrerait dans ses casernes. Un homme s’est levé, lui a posé toute une série de questions qui m’ont étonnée par la précision et par le relent des positions de Krim Belkacem.

C’était un Français. C’était Yves Courrière, qui écrira Les Enfants de la Toussaint, Le Temps des léopards. Grand seigneur, Boudiaf l’était, et il donnait sa confiance absolue. Il ne croyait pas en la mauvaise foi des gens. Non, ce n’était pas de la naïveté. C’était de la grandeur d’âme. Il était tellement sûr d’avoir un projet cohérent pour l’Algérie que ceux qui venaient à lui devaient être conquis.

Il a été très vite pris en mains par des gens qui n’étaient pas crédibles. A côté de ceux-là, j’ai vu des gens merveilleux, Boubnider, par exemple, qui a vécu à la maison, lui aussi. J’ai vu arriver des gens de valeur, comme Si Moussa. Mais Boudiaf s’est laissé enfermer par un petit groupe qui a fait barrage.

L’analyse faite par Mohamed Boudiaf du 1er Novembre 1954 (Où va l’Algérie ?, ndlr) est une des meilleures contributions - sinon la meilleure - qui ait été apportée à celui-ci. Il savait de quoi il parlait. Quand Mohamed Boudiaf a été rappelé en Algérie en janvier 1992, j’ai eu la réaction de tous les Algériens : c’est la dernière chance.


Lui seul, par sa volonté, par son intelligence, par sa capacité d’organisation qui était formidable, pouvait sortir l’Algérie de la crise dans laquelle elle était plongée. C’est alors que mon mari et moi lui avons téléphoné. Roger, mon mari, lui dit : « Je suis prêt à venir. Si tu es en danger, il faut te protéger. » Quand j’ai entendu l’intervention de Mohamed sur la corruption, je me suis dit : « Il se met en danger. » Il y avait trop d’intérêts en jeu.

Il fallait combattre la corruption, mais pas le dire. La mort de Mohamed a été pour nous, à la maison, un coup très dur. Mon mari a eu, à ce moment, une grande dépression, parce qu’il s’est cru fautif de ne pas y être allé. Il a commencé à perdre la mémoire
.

Annie Rey Goldzeiguer
 
Vieux 11/08/2007, 10h57   #14 (permalink)
JILLA
 
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Une leçon d’humilité par Boudiaf.

Un jour : Amine ben abderrahman un ami de longue date et aide de camp de si TAYEB EL WATANI ctd Le feu président MOHAMED BOUDIAF me fit cette confidence pendant qu’il était à la présidence de l’état ctd le (HCE)haut comité de l’état .

Citation:
« Un jour, vers 13 heures, avant la prière du Dhor ; j’ai ordonné de servir à manger pour le président, en insistant avec le chef cuisinier et le protocole de restauration d’y mette une table bien garnie : comme tu me connais en tant que restaurateur et expert en banquets et autres réceptions officielles : j’ai crus bien faire et lui faire plaisir.
C’était mon beau frère : mais je ne connaissait pas ses habitudes.
Et je craignais de gaffer.
La table fut servie comme pour un nabab.

Le président vint tout seul et à la vue des multiples plats et victuailles.

Se renfrogna et héla le chef en l’apostrophant :
"Pourquoi cette table, mon fils ? "
Le chef, bouche bée et perplexe me regardas des yeux.
J’ai intervenu en disant au président :
« C’est le repas de votre honneur et ses convives en cas de besoin ».
Il répondu :
« Mais, amine !mon frère : c’est du gaspillage et tu sais?
"un petit bol de hrira et du lait avec des dattes me suffisent à mon age. Et puis je vais prier tout à l’heure ! »
Et il est sorti en prenant ,juste une datte et du lait.
laissant les plats de viandes et de poissons et autres plats succulents,
tels quels sur la table.
Je devins tout honteux de moi et en mm temps honoré d’être un proche de ce grand monsieur.
ALLAH YARAHAM ERIDJAL wa chouhada.



"Ygoul bismilla....."
FUT SA DERNIERE PAROLE.
en se retournant , il a entendu un bruit derriere lui............
 
Vieux 11/08/2007, 11h04   #15 (permalink)
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LE colonel Si M'hamed Bougara

Un chef militaire exemplaire et un démocrate

La mort du colonel Si M'hamed Bougara, héros de la révolution et chef prestigieux de la Wilaya IV, le 5 mai 1959 à Ouled Bouachra, près de Médéa, fut une immense perte pour l'ALN et l'Algérie, tant l'idéal qu'il incarnait de son vivant constituait l'exemple d'abnégation et de pureté révolutionnaire, ayant voué toute sa vie à la lutte pour la libération du pays de la domination coloniale et pour l'avènement d'une société équitable et démocratique.

Cet idéal, aujourd'hui bafoué et renié par ceux qui pensent que le pouvoir qu'ils détiennent leur revient légitimement et de droit, s'emparant des symboles et des dates pour organiser, à leur guise, les commémorations des faits historiques marquants de la guerre de libération, les citoyens du pays depuis longtemps, par leur indifférence et leur rejet, refusent de s'associer à ces mascarades, sachant que « l'Histoire des hommes qui ont réellement porté la révolution » n'a jamais été révélée et n'a jamais été enseignée dans les manuels scolaires pour que nos jeunes des générations actuelles sachent la vérité historique et comprennent ce qui se passe réellement aujourd'hui dans notre pays dans le domaine politique, économique et social.

Le colonel Si M'hamed était de ces hommes.
Ses qualités de fin politique, respectueux des règles démocratiques, ainsi que ses connaissances des questions militaires acquises tout au long des mois de maquis vont lui permettre de mettre en place, grâce à des hommes de valeur qui l'entouraient comme les commandants Si Lakhdar, Si Mohamed, Si Salah, Si El Baghdadi, Si Tayeb, l'infrastructure militaire et politique qui sera solidement organisée sur toute l'étendue de la wilaya, en symbiose avec la population qui s'engagera aux côtés des djounoud de l'ALN en leur apportant une aide et un soutien indéfectibles pendant toute la durée de la guerre de libération nationale.

Cet idéal de démocratie, le colonel Si M'hamed va l'incarner pendant toute sa vie de maquisard, aimé des djounoud et des officiers, respectueux des formes démocratiques de direction telles que les décisions collectives, la critique et l'autocritique, la consultation de la base, l'encouragement de véritables élections des responsables des assemblées du peuple, la discussion fraternelle avec tous les cadres, l'ouverture d'esprit, l'absence de sectarisme, cet ancien cheminot et ancien syndicaliste qui avait milité pendant des années au sein du MTLD et de l'OS à Khemis Miliana et à Alger, possédait d'incontestables qualités humaines et va mener le combat sur deux fronts, le politique et le militaire.
 
Vieux 11/08/2007, 11h06   #16 (permalink)
JILLA
 
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SI M'HAMED BOUGUERRA:

Il sera un des rares chefs de wilaya à mettre en application les décisions du congrès de la Soummam auquel il participera en août 1956, dont les résolutions vont donner une véritable armature politique au Front de Libération nationale et permettre d'impulser une dynamique nouvelle à la lutte du peuple sur toute l'étendue du territoire.

Pour lui, l'ALN devait être une école de progrès où les djounoud analphabètes devaient bénéficier de l'expérience de leurs camarades plus instruits, l'afflux de cadres, constitués surtout d'étudiants et de lycéens, fuyant la répression de la bataille d'Alger en 1957 avait permis un encadrement tout à fait exceptionnel de la Wilaya IV.

« Pas de galons, pas de titres, pas de supériorité intellectuelle, tout le monde est nécessaire, mais personne n'est indispensable.

Vous qui venez des villes, vous avez des diplômes, vous disposez d'une éducation acquise au banc de l'université ou du lycée, vous serez étonnés de ce que vous apprendrez auprès de votre peuple, car l'enseignement acquis à l'école du peuple n'est dispensé par aucune université, apprenez-leur ce que vous savez, mais apprenez tout ce qu'ils savent, vous serez étonnés »,
disait-il.

Il veillait constamment, lors de ces tournées d'inspection dans les différentes zones de la wilaya, à ce que ces principes soient respectés et appliqués, comme le constatera cet officier envoyé par les responsables de la Wilaya V installés à Oujda.

« Au cours d'une mission qui m'avait été confiée, je tombai un jour sur le commando de la Wilaya IV, tout le jour durant, je me trouvais dans l'impossibilité de reconnaître le chef de ces trois katibas. Je dormis avec elles sans que ma curiosité soit satisfaite.

Le lendemain, au réveil, le commando au grand complet, présenta les armes à celui même qui avait refusé de partager ma petite natte, préférant coucher à même le sol, ce fut ainsi que je connus le colonel Si M'hamed. »

L'officier qui parle ainsi était un grand malade (tuberculeux), il se déplaçait toujours avec une petite natte au maquis en raison de sa maladie, il écrira plus tard ses mémoires dans un livre retentissant, paru en 1962 et dont le titre était Heureux les martyrs qui n'ont rien vu.


Il découvrit un autre monde que celui érigé en Wilaya V par le système Boussouf qui était basé sur la soumission, l'autoritarisme des chefs, le népotisme, la soif du pouvoir et la lutte des clans, des tares destructrices dont l'Algérie indépendante va hériter malheureusement et dans lesquelles elle se débat jusqu'à ce jour, l'idéal d'une démocratie politique et sociale pour laquelle Si M'hamed avait voué toute sa vie ayant été trahi.


En Wilaya IV, au contraire, régnait entre les djounoud et les officiers un esprit fraternel et démocratique, une discipline librement consentie, discutée et expliquée, des chefs sans galon, ni titre, à la pointe du combat, joignant l'exemple au conseil, une population totalement acquise à l'ALN, malgré les ratissages et les exactions de l'armée française qui atteindront leur point culminant, lors des opérations Challe entre 1958 et 1959, particulièrement dans l'Ouarsenis, le Titteri, et l'Atlas blidéen où les commandos Ali Khodja, Djamal, les katibas Zoubaria et Karamia vont s'illustrer par leur courage et leur héroïsme, face aux régiments des parachutistes et des légionnaires comme le 1re REP du colonel Jean-pierre ou le 3e RCP du colonel Bigeard qui constituaient le fer de lance de la 10e DP (division parachutiste) du général Massu qui fut un impitoyable adversaire de l'ALN et du FLN et qui sera amené à écrire, plus tard, les propos suivants dans son livre Le torrent et la digue :

« A l'heure où l'on se plaît à dire que la rébellion a perdu la partie, parce qu'elle est étranglée aux frontières tunisienne et marocaine et parce que, incontestablement, le djoundi souffre dans le maquis physiquement et moralement, nous assistons à un phénomène déconcertant au beau milieu du territoire algérien, la Wilaya IV fait montre d'une vitalité et d'un dynamisme extraordinaires.

Elle s'est toujours singularisée par rapport aux autres wilayas, cela a tenu à la personnalité rayonnante du colonel Si M'hamed, véritable chef de maquis. Grâce à lui, la flamme révolutionnaire brûle à la Wilaya IV, une révolution qui se veut pure et qui s'affermit même par opposition au relâchement relatif dans les autres wilayas. »
 
Vieux 11/08/2007, 11h08   #17 (permalink)
JILLA
 
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SI M'HAMED BOUGUERRA:


Tolérant et repectueux

L'ennemi contraint et forcé savait reconnaître la valeur des hommes, ce qui explique son acharnement à mettre tout en œuvre pour les abattre, y compris par les moyens occultes, « le complot de la bleuite » qui sera organisé par les services spéciaux, dont le Bureau des études et liaisons (B.E.L), coiffant le 2e et le 5e bureaux, dirigé par le colonel Jacquin, en sera une parfaite illustration et jouera un rôle important pour semer la confusion et la suspicion en envoyant des agents dans les rangs du FLN et de l'ALN afin de recueillir des renseignements, en diffusant des fausses nouvelles, en utilisant de faux rapports et des faux tracts.

D'autres stratagèmes seront aussi utilisés comme la mise en place de harka dirigés par le bachaga Boualem, au douar Beni Boudouane près de Lamartine ou le contre-maquis de la force K, au contre-bas de l'Ouarsenis, près des Attafs, dirigé par un certain Kobus, de son vrai nom Belhadj Djillali, un ancien militant du MTLD qui avait trahi les siens dans les années 1950 pour se mettre au service du 2e bureau.

Il recrutait des jeunes dans la région, voulant rejoindre le maquis, en leur faisant croire que le FLN était inféodé au communisme international et qu'il fallait le combattre.

Le colonel Si M'hamed, en avril 1958, en fin politique et stratège militaire, lors d'une réunion du conseil de wilaya au djebel Amrouna, près de Théniet El Had, avait donné l'ordre d'en finir avec la force K. Le commandant Si Mohamed à la tête du commando Djamal va attaquer le camp qui sera détruit totalement, un grand nombre de ces futures recrues seront ramenées au maquis où elles seront accueillies fraternellement, on leur expliquera que seuls le FLN et l'ALN dirigent la révolution.

Beaucoup d'entre eux resteront et mourront au combat, ayant découvert la manipulation dont ils étaient l'objet. Kobus et ses acolytes seront liquidés par la suite, même si ces derniers voulant se racheter avaient amené la tête décapitée de leur chef dans un sac, souhaitant rejoindre les rangs de l'ALN, ce fut peine perdue, ils avaient trahi et constituaient une menace potentielle au maquis.


Si M'Hamed, en cette période cruciale des années 1957 et 1958, grâce à ses qualités de rassembleur d'hommes, à sa clairvoyance, à sa lucidité politique et à sa conscience aiguë de l'unité nationale qui l'animait toujours, fera échec aux groupes messalistes de Bellounis qui s'étaient réfugiés au sud de la Wilaya IV du côté de Boghari et Djelfa et surtout au complot fomenté par un certain Bensaïdi Chérif, un sous-officier de l'armée française, félon et ambitieux qui avait lâchement assassiné le colonel Ali Mellah, chef de la Wilaya VI, sous prétexte qu'il était kabyle, ainsi que certains de ses hommes.

Accompagné des commandants Si Lakhdar et Azzedine à la tête du commando Ali Khodja et au fait de la situation qui régnait à ce moment-là en Wilaya VI, il va d'abord entamer une tournée d'explications dans les différentes dachrate de cette région pour expliquer les buts de la révolution et l'unité du combat mené par le peuple et l'ALN, ensuite dans un second temps, devant une assemblée des notables de la population du Sud, il convoque le nommé Bensaïdi Chérif, celui qui avait usurpé le titre de chef de Wilaya VI, le met en confiance et lui demande de donner les explications des événements qui ont provoqué la mort du regretté Ali Mellah.

Sachant que de lourds soupçons pesaient sur lui, il tente de se disculper et avance des arguments confus, peu convaincants et se retrouve dans une situation peu confortable, c'est à ce moment là que Si M'Hamed, en fin tacticien, lève la séance, glisse discrètement au commandant Azzedine de laisser une brèche dans le dispositif de sécurité et invite tous les membres de l'assemblée de le rejoindre sous une tente où un immense repas les attendait.

C'est cet instant que choisit le traître Bensaïdi pour s'enfuir avec quelques-uns de ses hommes en allant rejoindre le poste militaire français le plus proche. Il venait de se démasquer, la partie venait d'être gagnée et tous les notables se levèrent pour dire qu'ils voulaient apporter leur soutien et leur aide à la Révolution, ils ignoraient que le colonel Si M'hamed était d'origine kabyle, mais ils virent en lui avant tout, un authentique patriote, défendant l'unité du peuple et incarnant la conscience nationale.

La Wilaya VI venait de s'unir et sera dirigée par un grand chef, Si l'Haouès, qui trouvera une mort héroïque aux côtés de Amirouche, le 29 mars 1959 au djebel Tsameur, près de Bou Saâda au cours d'une gigantesque opération menée par les Français sur renseignements d'une rare précision et dont l'Histoire devra révéler, un jour, les sources.

Le colonel Si M'hamed en cette année de 1958, année cruciale de la Révolution, va, une fois de plus, démontrer ses qualités de rassembleur d'hommes et de stratège avisé, lors de la réunion interwilayas en décembre 1958 des chefs de l'intérieur au maquis près d'El Milia pour faire une mise au point de la situation militaire et politique, devenue difficile et préoccupante en raison de l'étanchéité des frontières tunisienne et marocaine, due aux barrages électrifiés et minés installés par l'ennemi pour empêcher le ravitaillement en armes et en munitions des djounoud de l'ALN.

Le GPRA (Gouvernement provisoire de la République algérienne), était accusé d'inertie, d'immobilisme et d'abandon, Amirouche était particulièrement remonté et voulait lancer un ultimatum publiquement pour fustiger les « responsables du GPRA, installés dans les palaces à Tunis ».

Le colonel Si M'hamed s'y opposera et raisonnera le chef de la Wilaya III au tempérament fougueux et aux décisions expéditives de ne pas tomber dans le panneau même si les griefs étaient justifiés, afin de ne pas révéler à l'ennemi les dissensions existantes entre les wilayas de l'intérieur et le GPRA.

Malheureusement, ce dernier sera manipulé dans le complot de la « bleuite » et ordonnera la liquidation de centaines de cadres, particulièrement des lycéens et des étudiants qui avaient rejoint le maquis pour participer au combat libérateur.
 
Vieux 11/08/2007, 11h09   #18 (permalink)
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Dans l'Algérie d'aujourd'hui, soit 45 ans plus tard

les intégristes fanatiques, « les talibans du Maghreb », s'acharnaient sur les intellectuels pendant la décennie noire, les accusant à tort de francophilie et de « hizb frança » parce qu'ils s'opposaient à leur dessein funeste d'imposer un régime théocratique, le peuple dans sa majorité, grâce à ses sacrifices et à son courage fera avorter ce dessein machiavélique, comme si l'Histoire devait se répéter.

Dans ce domaine, le colonel Si M'hamed était profondément croyant, il avait même porté sur la crosse de sa carabine US, son arme préférée, « Ayat El Koursi » mais il était surtout tolérant et respectueux des autres, effectuant régulièrement et quotidiennement la prière au maquis.

il ne l'imposait pas par la force comme le firent certains chefs incultes et fanatiques, dont l'ancien colonel Mohammedi Saïd en Wilaya III qui fut plus tard aux côtés des Abassi Madani et Ali Belhadj, un des créateurs du FIS, en 1990, les prêches et les discours haineux avaient instrumentalisé la religion, pour imposer une « dawla islamiya ».

Hier, nos jeunes quittaient les bancs des lycées et des universités pour rejoindre le maquis et luttaient aux côtés du peuple, beaucoup d'entre eux mourraient héroïquement au combat, Si M'Hamed les accueillait fraternellement et leur inculquait l'idéal d'une Algérie libre, juste, belle et démocratique aujourd'hui, n'ayant plus de perspectives, ni d'avenir, ces jeunes fuient leur pays dans des embarcations de fortune pour essayer de rejoindre les côtes espagnoles ou italiennes, la plupart périssent tragiquement dans les tumultes d'une mer déchaînée sans que cela puisse émouvoir les gens du « pouvoir ».

Pour toutes ces raisons, il s'avère plus que nécessaire que l'alternative du changement s'impose de façon profonde.

Pour cela, il est donc aujourd'hui indispensable que toutes les forces républicaines, patriotiques progressistes et démocratiques s'unissent pour lutter ensemble et réaliser un véritable programme de réformes, afin de mettre en place une démocratie sociale réelle dans notre pays et redonner ainsi de l'espoir à tous les citoyens qui aspirent à une vie meilleure.

Nous pourrons, alors, fièrement rendre hommage aux sacrifices de ceux qui ont donné leur vie à l'Algérie idéale dont ils rêvaient : Si M'Hamed, Larbi Ben M'hidi, Lotfi et Si Mohamed en faisaient partie.
 
Vieux 11/08/2007, 11h12   #19 (permalink)
JILLA
 
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Les autobiographies de ces derniers suivront plus tard .

promis !

Voici une photo regroupant :

De gauche à droite :

- Si Cherif (Ali Mellah)
chef politico-militaire de la wilaya 6 (Sahara);
- Si M'Hamed (Ahmed Boughara)
chef politique puis chef politico-militaire de la wilaya 4 (Algérois);
- Si Salah (Mohamed Zamoum)
chef des renseignements et liaisons puis chef politico-militaire de la wilaya 4 (Algérois);
- Bou Koro (Amar Ouamrane)
adjoint de Krim Belkacem en Kabylie au début de la Revolution, chef politico-militaire de la wilaya 4 (Algérois) puis colonel dans l'état-major de l'extérieur;
- Si Sadek (Sadek Dehilès)
chef militaire, chef politico-militaire de la wilaya 4 (Algérois) puis colonel dans l'état-major de l'extérieur;
- Si Tayeb (Omar Oussedik)
chef militaire de la wilaya 4 (Algérois) puis colonel dans l'état-major de l'extérieur





je vouS parlerais de chacun d'eux prochainement
 
Vieux 11/08/2007, 11h14   #20 (permalink)
JILLA
 
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LES PREMIERS RESISTANTS ALGERIENS .



Prisonniers en 1890...

Citation:Quel trophée, cette photo, pour la France.
En 1890, les prisonniers sont photographiés avec leurs détenteurs...

PS: pas de trace de gangsters , ni de bourgeois ; mais rien que de vrais paysans.
 
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