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Clouseau

“émergence” et tiers-monde “résiduel”

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Par : Mustapha Hammouche

 

 

Au Brésil, un président vient de quitter le pouvoir après avoir positivement rempli sa mission et ses deux mandats.

 

Lula n’a pas cédé à la tentation de faire valoir son bilan politique, économique, social et diplomatique pour violer la règle démocratique et constitutionnelle d’alternance au pouvoir. Malgré une réelle popularité (75%), il a préféré faire triompher le principe objectif sur l’ambition subjective.

Comme la plupart des États d’Amérique latine et d’Asie et quelques-uns en Afrique, le Brésil confirme qu’il a définitivement quitté l’espace rétrécissant du sous-développement politique. L’Inde avait, depuis longtemps, fait la démonstration que ni les archaïsmes sociaux ni la pauvreté ne condamnent un peuple à la dictature ; le Brésil nous inflige, aujourd’hui, la preuve que la démocratie est un élément de développement socioéconomique. La Chine peine à préserver sa cuirasse autoritariste qui n’arrive pas à contenir les exigences démocratiques du libéralisme économique et livre un combat d’arrière-garde pour le maintien d’un système politique monopoliste. Il est loin le temps où le tiers-monde se confondait avec les trois continents d’Afrique, d’Asie et d’Amérique latine. Le tiers-monde se résume aujourd’hui au Moyen-Orient et à l’Afrique. Et quelques ilots atlantiques, comme Cuba et Haïti, ou asiatiques comme la Birmanie et la Corée du Nord.

Le reste de l’ancien tiers-monde est constitué de pays émergents, où l’“émergence” politique a le plus souvent précédé et favorisé l’“émergence” économique. Le monde arabo-musulman constitue, dans cette évolution, l’espace-témoin de l’archaïsme politique. Les sultanats rentiers du Moyen-Orient représentent, en l’état actuel du monde, une survivance de régimes antiques ; les États d’Afrique du Nord comptent les présidents “élus” les plus “durables” de l’histoire des républiques. Bientôt, certaines aires politiques relèveront du domaine de l’anthropologie des systèmes politiques. Elles seront à la politique ce que les îles Galápagos sont à la biologie.

Nulle part ailleurs, la résistance au changement n’a été aussi résolue, aussi efficace et aussi désastreuse. Au point de décourager la jeunesse de la région de toute perspective et de la jeter sur les chemins de toutes les aventures.

Au moment où l’on officialisait la succession du président Lula, le penseur arabe Azmi Bishara notait, au Salon du livre d’Alger, “la confusion entre royaumes et républiques” dans cet espace politique et nous rappelait que “le projet des élites dirigeantes arabes est de se maintenir au pouvoir”.

Pendant ce temps-là, désespérés et immobiles dans nos positions gelées, nous regardons les peuples émerger, avancer, puis s’éloigner.

Le Brésil démocratique, hier perçu comme le pays des favelas, est déjà la 9e puissance mondiale, sans avoir eu besoin de recourir à la répression, à la fraude électorale ou aux adaptations autoritaires et conjoncturelles de sa constitution.

Nous, dans notre nombrilisme aveuglant, nous nous faisons appeler “Oum eddounia” (Mère du monde) ou “Bilad el-mou’djizate” (Pays des miracles). N’ayant que notre sous-développement à partager, nous allons jusqu’à nous déclarer de sourdes guerres pour couvrir nos vrais échecs de fausses réussites, nos ratages historiques de triomphes de circonstance.

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