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Beihdja Rahal - Interprète de musique andalouse

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    Beihdja Rahal - Interprète de musique andalouse
    «Pour qu’un artiste puisse créer, il faut lui donner tous les moyens»

    El Watan
    le 27.08.17 | 12h00
    Click image for larger version  Name:	sans-titre-1_2628874_465x348p.jpg Views:	1 Size:	73,6 Ko ID:	5928818


    La brillante interprète de musique andalouse, Beihdja Rahal, a récemment sorti son 26e album aux éditions algériennes Ostowana. Elle donne, aux lecteurs d’El Watan, plus de détails sur cet opus intitulé Mezdj Ghrib Zidane, sans omettre bien sûr de porter son regard sur la nouvelle génération d’interprètes puisant dans le répertoire andalou.

    Vous venez de signer un nouvel album intitulé Nouba Mezdj Ghrib Zidane. Quelle est la caractéristique de ce 26e produit ?
    C’est la première fois que j’enregistre un mezdj. On me connaît plus dans l’interprétation et l’enregistrement de noubas dans un même mode. Le mezdj est un mariage, ou un jumelage, entre deux modes, le ghrib et le zidane comme dans cet album. Il ne se fait pas n’importe comment et entre n’importe quels modes. Le rasd ne s’associe qu’avec le mezmoum. La touchia ghrib est très appréciée et fait partie du patrimoine, j’ai souhaité l’intégrer afin de montrer toutes les pièces qu’on peut trouver dans un tel jumelage.

    Il s’agit là d’un album puisé dans la pure tradition çanâa ?
    Oui, bien sûr. La nouba mezdj existe, je n’ai rien inventé. On en parle moins, mais le mezdj est répertorié. Je suis dans la sauvegarde de la nouba sana, je continue à faire découvrir ce genre riche et inépuisable au public qui s’intéresse au patrimoine classique andalou dans toutes ses formes.
    Ce CD est également accompagné d’un livret de dix pages en langues arabe et française ?
    Comme les précédents, on y trouve toute la poésie chantée en arabe, ainsi que sa traduction, en français, réalisée par Saâdane Benbabaali, qui n’est plus à présenter. Nous travaillons ensemble depuis plusieurs années et notre collaboration nous mène, à chaque fois, vers de nouveaux projets. En avril dernier, avec les élèves et membres de mon association rythme-harmonie, nous avons effectué un voyage d’études en Andalousie. Une occasion de pénétrer et de vivre cette civilisation arabo-musulmane que nous chantons à notre époque. Saâdane organise ce genre de voyage depuis 1983. Il a commencé avec des élèves de lycée puis avec les groupes. Il en est à son 19e. En tant que spécialiste de la poésie arabe et du mouwashah andalou, nous ne pouvions espérer meilleur guide. Notre 3e ouvrage est pratiquement bouclé, il paraîtra prochainement.Depuis quelques années déjà, vous vous évertuez à faire un travail de préservation du patrimoine musical andalou...J’ai eu la chance d’être formée par des maîtres de la çanaa. Le meilleur moyen de leur rendre hommage est de former à mon tour en respectant la tradition orale. J’ai plus de 80 élèves par an, entre enfants et adultes, qui assistent à mes cours. La demande est grande, quel honneur pour moi ! Malheureusement, je ne peux pas prendre plus afin d’assurer des cours de qualité. J’ai commencé ce travail il y a plus de vingt ans, j’espère le poursuivre.
    L’enregistrement d’une nouba nécessite, incontestablement, un long travail de recherche...
    Avant de rentrer en studio et d’enregistrer une nouba, ce sont des semaines de discussions et de préparation avec l’équipe qui m’entoure : Nadji Hamma et Hakim Benouali pour le choix du mode et des pièces, ainsi que les enchaînements. Saâdane Benbabaali pour la poésie, la grammaire, le sens des textes et la traduction. Les musiciens pour la manière de jouer chaque pièce en respectant le style çanaa, qui reste différent du gharnati ou du malouf. Le talent et la rigueur de chacun d’eux font que le résultat est apprécié par les mélomanes.
    Mes albums sont artistiques, certes, ils sont aussi pédagogiques. Ils sont une base de travail pour les jeunes des associations andalouses qui souhaitent apprendre plus que ce qu’on leur donne pendant les cours.

    Quel regard portez-vous sur l’ampleur du piratage en Algérie ?
    Le piratage est international. Il n’est pas évident de le combattre, mais il faut le faire. Je n’ai pas la solution, mais l’ONDA est là pour traquer les pirates. Il y a des spécialistes et des inspecteurs qui font certainement des contrôles, est-ce suffisant ? En Europe, les albums se vendent aussi par internet. Les pirates sont traqués et poursuivis quand ils font des téléchargements abusifs de chansons ou de films. L’Algérie n’est pas encore arrivée à ce stade, ça viendra peut-être, puisque nous avons des accords avec youtube pour les droits sur les vidéos. C’est un premier pas.
    Ce fléau du piratage n’a-t-il pas empiété sur les ventes des albums andalous ?
    Certainement, comme tous les autres genres musicaux. Souvent, des fans me disent qu’ils n’ont pas pu écouter ou télécharger un de mes albums, et pourtant il suffit d’aller chez le disquaire le plus proche. Le CD en Algérie est à un prix dérisoire dans le commerce par rapport aux autres pays, malheureusement, nous avons perdu cette notion de payer une œuvre. C’est pareil pour les concerts, les pièces de théâtre ou le livre. Ce n’est pas commercial, mais nous devons comprendre que l’artiste vit de son art et que pour continuer à créer, il faut lui donner les moyens.
    L’apprentissage de la musique andalouse passe par la formation et à travers les concerts…

    Sans formation, on ne peut pas prétendre interpréter la nouba. On connaît une petite partie du patrimoine mais pas la totalité. L’apprentissage se fait en live et non pas par des enregistrements ou des vidéos. C’est en classe, face à un enseignant, que se déroule le cours en priorité. Les concerts ou internet ne sont qu’un complément de la formation. Les dirigeants d’associations en Algérie devraient obliger les élèves à assister aux concerts de professionnels. C’est là qu’ ils auront la possibilité de côtoyer des artistes confirmés qui sont des modèles et références. Eux, n’assistent généralement qu’aux festivals amateurs organisés par les régions ou les associations andalouses.
    Que pensez-vous de la jeune génération qu’on voit sur scène ces dernières années ?
    Il y a 30 ans, les interprètes de la nouba se comptaient sur les doigts d’une main. Maintenant, les solistes d’associations pensent très vite faire carrière et oublient que la formation ne se limite pas à 5 ou 10 ans. C’est pour cela que je parle de chanteurs de variété andalouse. On est loin de la formation dans le but de transmettre un legs musical. On fabrique des jeunes qui s’inspirent du patrimoine pour chanter de la création en trouvant le prétexte que la nouba, c’est vieillot, il faut du nouveau. C’est la nouvelle star à l’algérienne ! Je n’ai rien contre mais nous ne sommes plus dans la sauvegarde du répertoire classique andalou.
    Quel est votre actualité de l’heure ?
    Je prépare la rentrée de notre association Rythme-harmonie au début du mois d’octobre et celle de l’ELCO pour les enfants de la communauté algérienne en France. J’ai été contacté par l’Institut des cultures d’islam à Paris,qui souhaitait créer une chorale arabo-andalouse. Nous avons convenu de commencer en octobre prochain aussi. Je continue à assurer des masters-class à Nancy avec les membres de l’atelier d’Erlanger.A la fin du mois d’octobre, je serai à Limoges pour 3 jours. J’animerai une conférence et un master class, et je terminerai par un concert le 3e jour. Je prépare d’autres concerts et événements pour l’année 2018. Je vous en parlerai prochainement.
    Nacima Chabani
    ZfSa
    Atlas HD-200s
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