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Les containers de «Ktaf » ou l’interminable banalité du passe-droit en Algérie

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  • Les containers de «Ktaf » ou l’interminable banalité du passe-droit en Algérie

    Mostghanemi se plaint que le premier épisode d’un feuilleton – “l’école de l’amour” – ait outrageusement pillé dans son roman “le noir vous va bien”, elle a dénoncé une “école du vol”. Toute notre sympathie pour l’auteure de s’insurger contre le plagiat et les plagiaires.
    Mais que dire des plaintes de Mr.Bakhti Belaïb, ministre du commerce de la république qui nous a livré, tout chaud, un épisode de l’interminable polar-politique du régime ?
    Résumons donc, l’épisode. Bakhti Belaïd, en “fin de carrière” fait des révélations qui ne surprennent (presque) personne. La seule surprise est que le ministre a décidé d’en parler devant la presse.
    Un importateur qui a ramené des pièces détachées pourries sans origine déclarée a vu ses containers bloqués par un “consensus” entre le commerce, la DGSN et les douanes. Quoi de plus solide que ces trois institutions réunies… Et pourtant, l’importateur est venu en personne au ministère du commerce menacer les gens et promettre que sa camelote allait entrer ou “Rabbi kbir”.

    Le pire, a expliqué le ministre, est que sa marchandise est bien sortie du port. Bref, un importateur qui a du “ktef”, des “épaules”. L’affaire donne lieu à un échange pour le moins confus entre le ministre du commerce qui n’arrive même pas à fermer un restaurant où une citoyenne a failli mourir empoisonnée car “il y a quelqu’un derrière de très important ‘’ et son collègue de la justice, Tayeb Louh. Il faut vraiment avoir de la patience à essayer de démêler de quoi il retourne dans ces échanges hyper-codés entre ministres.
    Rien de nouveau… malgré la révolution ?
    Pour les faits, tels que racontés par le ministre, cela relève de la banalité du “ktaf” (les grosses épaules) et du passe-droit, sport favori des hautes sphères et de leurs extensions multiformes sur le terrain juteux du commerce extérieur. Une vieille histoire depuis le temps des Janissaires et de l’Ojak dont les produits de la Course étaient déjà placés en des lieux très éloignés des belles côtes de Mezghenna.

    Cette “continuité” de la magouille sur le commerce extérieur aurait prêté à sourire sauf si l’on refuse d’oublier qu’il y a eu un mouvement national, des luttes dures, une révolution pour résoudre le problème endémique du “Maghreb central” : l’absence d’Etat.
    Voilà pourquoi cet énième épisode révélateur de la quête contrariée des Algériens à avoir un Etat qui fédère, organise et impulse des dynamiques vertueuses, suscite une grande tristesse.
    Bakhti Belaïb a été l’auteur d’une bombe évaluant le coût des surfacturations sur les produits et les services à près de 18 milliards de dollars pour l’année 2014.
    Le ministre a fait marche arrière et si les “experts” estiment le chiffre très exagéré, personne n’est en mesure de donner une estimation claire et précise. Qui est d’ailleurs en mesure de donner un chiffre crédible dans l’Algérie d’aujourd’hui ? Qui peut quantifier le poids de ces hommes «très importants » qui peuvent faire sortir et entrer des choses sous le regard impuissant des institutions chargées du contrôle et de la surveillance ?
    Il y a une part substantielle de ressources financières qui naviguent dans des zones grises et sombres, ce qui rend impossible d’avoir une évaluation juste – et saine – des économies budgétaires à faire.

    La caste des importateurs et leurs «épaules » au pouvoir
    La communauté des experts – elle commence à exister et elle impose, malgré des exceptions – une lecture univoque des solutions à apporter à la baisse des recettes pétrolières. Certaines de ces mesures relèvent du bon sens – le prix du carburant en Algérie est une absurdité qui encourage un formidable gaspillage alors qu’un prix «réel » aurait pu être un tremplin pour favoriser le développement des transports collectifs – mais la tonalité générale de ces experts est celle d’un faux apolitisme.
    Et il convient de rappeler que l’économie n’est pas une science et qu’il n’y a d’économie que politique. En Algérie, l’économie tourne autour de la rente et de son affectation. Quand on encourage pendant des décennies l’importation (et paradoxalement le présumé nationaliste 51/49 y a largement contribué) au détriment de la production, cela se fait sur la base d’un choix politique.

    La caste des importateurs se confondant pendant longtemps avec la caste du pouvoir, cela allait de soi de favoriser l’importation vertigineuse de véhicules (et de gasoil pour les faire marcher) et même d’importer une autoroute. La chute des revenus pétroliers a contraint le gouvernement à serrer les vis sur les importations mais cela ne constitue pas en soi une politique. Et surtout, on n’évalue toujours pas ce que certains appellent l’excès de graisse dont profitent les importateurs et leurs «épaules ».
    L’austérité, comment ?
    La question n’a rien d’un détail. La connaissance part des importations superflues dont l’économie peut se passer permettrait d’aborder de manière plus claire l’effort d’austérité à consentir. Or, pour le moment, le discours des experts sur les subventions – un sujet qu’il faut bien entendu aborder – est trop univoque, une sorte de prêt-à-penser qui donne une allure technique au discours plein de morgue de ceux qui s’enrichissent sans raison apparente juste en étant dans les carrefours du régime.
    Ce que Bakhti Belaïb – probablement sur le départ – révèle tient à un seul constat : ceux qui cherchent à aborder la question économique sous un angle purement technique participent, consciemment ou non, à une énorme supercherie. Il est impossible d’aborder la question économique – et sociale – en la découplant de la réalité d’un Etat d’autant plus affaibli qu’il n’est pas gouverné par le droit mais par la force et par des puissances informelles.




    – See more at: http://www.libre-algerie.com/les-con....IsLlHtbX.dpuf

  • #2
    C'est un très bon article.

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