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Vieux 06/08/2007, 20h31   #1 (permalink)
elkhamass
 
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Par défaut Grandeur et décadence de la notion d'arabité

par Ahmed Bensaada*

« Le monde est du côté de celui qui est debout » est, paraît-il, un proverbe arabe. Il date probablement du temps où le Monde Arabe était lui-même debout et pendant lequel la notion d'arabité était synonyme de modernité, de savoir et de progrès.

La littérature contemporaine, les médias et les assemblées savantes n'ont de cesse de nous ressasser cette époque glorieuse, unique phare lumineux de notre histoire. Il est vrai que l'être humain -même l'Arabe- a besoin d'un passé glorieux et des héros à profusion pour entretenir aussi bien son ego que son appartenance sociale. Les manuels scolaires d'histoire de tous les pays foisonnent de personnages plus grands que nature et de récits épiques quasi-mythologiques. Cependant, l'être humain -surtout l'Arabe- a singulièrement besoin d'un présent plus serein et d'un futur tangiblement radieux. Est-ce le cas en ce qui nous concerne? Non. Le monde arabe est à genoux. Que dis-je? À plat ventre serait plus juste.

Savez-vous, par exemple, que chacune des langues des pays scandinaves (suédois, danois, norvégien, finnois) publie autant que la vingtaine de pays arabes réunis ou qu'un Québécois francophone publie proportionnellement 30 fois plus de volumes qu'un arabophone [1]? Que la Grèce traduit cinq fois plus de livres que tous les pays arabes réunis ou que dans le monde arabe l'analphabétisme atteint 50% des femmes? Que les pays arabes ont les niveaux de financement de la recherche les plus faibles au monde [2]?

Au « désert culturel » [3] s'ajoute un désert économique, politique et social. Un désert aride qui fait fuir aussi bien les lettrés via les visas d'immigration que les simples citoyens via de frêles barques, vidant ainsi les pays arabes de leur substance vitale: l'Homme.

À l'exil géographique s'ajoute, de surcroît, un exil identitaire. Ainsi, bon nombre d'immigrants arabes musulmans donnent des prénoms chrétiens occidentaux à leurs enfants comme si l'appartenance à la Nation Arabe était une maladie qu'il fallait honteusement cacher. « C'est pour mieux les intégrer dans la société d'accueil », semble-t-il (sic).

Même les Arabes chrétiens vivant en Occident, s'acharnent pour prénommer leur progéniture avec des noms typiquement occidentaux. Je me rappelle ma stupeur lorsqu'un de mes élèves, syrien chrétien, m'a demandé s'il m'était possible de l'appeler Joseph au lieu Youssef, son réel prénom comme si le seul fait de s'affranchir de la « tare arabe » audible à la prononciation de son prénom le rendait heureux. Quand on pense que les Arabes chrétiens ont été historiquement les plus grands promoteurs de l'arabité!

L'exemple le plus flagrant de cette aversion de la notion d'arabité m'a été donné à plusieurs reprises par certains citoyens algériens d'origine berbère. En se présentant aux Québécois, ils se disent Algériens, mais ajoutent toujours, à brûle-pourpoint, « mais pas arabe, berbère! ». Ils se sentent l'obligation de faire cette précision comme s'ils allaient en tirer un profit quelconque, un statut plus enviable que celui d'un Algérien «arabe». Un Québécois ne lui dira jamais son origine française, irlandaise ou autre. Quelle qu'elle soit, il est fier d'appartenir à sa nation et à sa culture québécoises actuelles.

Pourtant, les Berbères et les Arabes ont vécu ensemble, au Maghreb, des siècles avant même que Jacques Cartier n'accoste sur les rives du Saint-Laurent.

On peut aussi citer le cas de ce jeune étudiant de prénom arabe, qui, à la fin d'un show estudiantin a tenu à « clarifier » qu'il était iranien et non arabe; de ce jeune adolescent turc qui a demandé qu'on l'appelle Alexandre au lieu d'Iskander; de ces jeunes libanais chrétiens qui se disent phéniciens et non arabes... Les exemples de cette volonté d'affranchissement maladive de la notion d'arabité sont nombreux et révélateurs d'une inimitié profonde. Cette situation est d'autant plus déplorable qu'elle touche de jeunes étudiants, qui, naturellement, sont plus ouverts aux autres cultures et ne s'évertuent pas à gommer des pans de leur histoire.

On est loin du temps où l'arabe était la langue du savoir et où les chrétiens et les juifs se donnaient des noms arabes. Citons, à ce titre, quelques exemples. Surnommé « maître des traducteurs de l'Islam » Hunayn ibn Ishaq (809-873) était médecin et scientifique arabe chrétien important, surtout connu pour avoir traduit des ouvrages grecs en arabe. L'évêque Johannès de Cordoue s'appelait aussi Asbag Ibn Abdallah [4]. Les mozarabes, chrétiens ayant conservé leur religion sous la domination musulmane en Andalousie, parlaient l'arabe et beaucoup adoptèrent des noms et des coutumes arabo-musulmans. Leur liturgie était dite en arabe et leurs femmes avaient l'habitude de sortir voilées [5]. Frédéric II de Hohenstaufen (1194-1250), roi de Sicile, de Germanie, de Jérusalem et empereur du Saint Empire était un fin connaisseur de la langue et de la culture arabe [6]. Il avait été éduqué par un juge musulman de Palerme et aimait s'habiller à l'orientale. Il fut excommunié pour, entre autres, son admiration de la civilisation arabo-musulmane [7]. Des croisés célèbres comme Renaud de Châtillon ou Baudouin d'Ibelin ont appris l'arabe et adoptèrent les habitudes de vie orientales [8]. Dans l'Espagne musulmane, des philosophes de confession juive comme Yehuda Halevy ou Maïmonide écrivaient en arabe. Ce dernier était connu sous le nom de Mussa bin Maimun ibn Abdallah al-Kurtubi al-Israili [9]. Avenzoar (1091-1162), le célèbre philosophe et médecin juif andalous (un des maîtres d'Ibn Rochd) se nommait : Abu Merwan Abd Al-Malik ibn-Zuhr [10].

Faut-il aussi rappeler que le célèbre scientifique Ibn Sina (Avicennes) était ouzbek? Que l'illustre médecin Al Razi (Rhases) était iranien ? Ou que le mathématicien Thabit Ibn Qurra (Thebit) était turc?

Cette conception de l'arabité comme synonyme de décadence et de médiocrité n'est pas un phénomène récent. Il n'y a qu'à se rappeler les « réformes occidentalisantes » de Mustafa Kemal Atatürk qui remplaça l'alphabet arabe par l'alphabet latin. Le « père des Turcs » ne saura malheureusement jamais que, 69 ans après son décès, l'occidentalisation de la Turquie et son adhésion à l'Union Européenne ne sont, plus que jamais, que des chimères.

Un second exemple nous parvient de Malte dont la langue, à forte consonance arabe, ressemble étrangement à l'arabe dialectal maghrébin. En maltais, le poulet se dit «fellus», la pastèque « dulliegha », l'eau « ilma » et le marché « is-suq ». De 1860 à 1940, la scène politique maltaise a été dominée par un farouche débat linguistique. L'origine arabe du maltais posait problème à ce peuple catholique. Elle était fortement associée à la religion musulmane ce qui était inacceptable pour les élites qui préférait l'utilisation de l'italien. L'invention d'une origine phénicienne à cette langue a été un argument prôné par les partisans de l'adoption du maltais comme langue nationale. Cela était plus acceptable que «l'odieuse» origine arabe.

Finalement, le maltais et l'anglais ont été adoptés comme langues nationales de l'île. Comme le turc, le maltais s'est conçu un alphabet latin adéquat. Ce débat centenaire n'est, de nos jours, pas encore clos car bon nombre de citoyens continuent de souhaiter l'abandon du maltais au profit de l'anglais : cela ferait d'eux des européens et non des orientaux [11].

Ce n'est malheureusement pas en optant pour un prénom chrétien occidental que l'on s'intègre dans une société d'accueil ou en effaçant à tout prix, de la mémoire collective, une appartenance culturelle à l'arabité. C'est plutôt en montrant, en tant qu'être humain, notre capacité à jouer un rôle actif, positif et concret dans cette société que l'acceptation sera effective.

En ce qui me concerne, ma fierté d'être algérien, arabe et musulman n'a d'égale que celle de la non négligeable proportion de sang berbère qui, comme tous les Algériens, coule probablement dans mes veines.

Le soleil d'Allah brille sur l'Occident écrivait Sigrid Hunke [12]. Faudrait-il qu'il brille d'abord dans nos cœurs.



*Docteur en physique Montréal (Canada)
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Vieux 21/08/2008, 10h46   #2 (permalink)
inykan
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Que faire ?

Dernière modification par inykan 21/08/2008 à 11h02.
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Vieux 21/08/2008, 10h57   #3 (permalink)
inykan
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Par défaut Que faire ?

Que faire, un peu pour paraphraser Lenine, quand la tare du cerveau fait croire aux défauts de la langue ? Et dire qu'à l'origine la langue des arabes était le socle sur lequel s'est bâti toute la pensée et la culture occidentale, combien même on veut nous faire croire le contraire ! P. Rossi dans " la cité d'Isis, ou histoire vraie des arabes" démontre avec lucidité que l'arabe et sa culture n'est nullement le produit de l'Islam mais l'inverse. Si Dieu le tout puissant a choisi cette langue pour être le véhicule de ses religions (pas seulement l'Islam), c'est certainement que cette langue est la plus apte a en assumer la charge. Toutes ces langues modernes qu'on dénomme aujourd'hui indo-europeenne ont d'une façon ou d'une autre été construites à partir de l'arabe. Le Grec, l'Italien( le latin), l'Espagnole, l'Anglais, le Français, le Hebreu (langue sémitique ?), l'Allemand avaient pour socle la langue des arabes. Incroyable que cela puisse paraître, quand on se promène dans un dictionnaire, Français ou Anglais, on est étonné par la similitude des mots avec leurs correspondants en arabe. Même si on nous fait croire que leurs origines est latine ou grecque on est frappé par leur parenté avec leurs équivalents arabes. Les Maltais veulent être europeens c'est tout a fait naturel qu'ils en veulent identifier leur langue à celle des europeens, mais qu'ils sachent seulement qu'on ne peut échapper malgré tout à l'histoire car en vérité l'arabe on est le réservoir dont avaient puisé ces mêmes européens bien avant eux !

Exemple, le mot Baccalauréat:

Dans le dictionnaire qu'il soit Français ou anglais il est d'origine latine, de baccalaureus...
au fait ça vient tout simplement de "bi hak ariwaya" car les savants arabes authorisaient leurs disciples à dispenser les cours des sciences quand un des leurs atteigne le niveau requis !

Home en anglais ?

ça vient de houma, en arabe veut dire quartier où on habite.

House ?

ça vient de l'arabe haouche ? maison de campagne, ferme !

Stop ?

ça vient de l'arbe encore qui veut dire safe, ça veut dire au rang ou encore prenez le rang ou gardez le rang...etc.

En tout cas en s'amusant avec le dictionnaire sans vraiment se donner trop de peine on trouvera facilement une origine arabe à presque tout les mots des langues Anglaise et Française !

Au fait c'est pas compliqué à comprendre parce que ces langues ont puisé en plus de l'arabe, bien sûr, du grec et du latin. Le Grec est au fait une langue orientale, quoiqu' on pense, qui a des liens étroits avec l'arameen ancêtre de la langue arabe. Le Latin s'est fait véritablement langue savante à partir des traductions arabes du moyen âge ! Tout s'explique combien même on dénigre l'arabe est sa culture.

De toute façon tôt ou tard, comme l'explique P. Rossi, l'occident reviendra à l'arabe parce que simplement ses religions, son histoire et sa culture, comme expliquées aujourd'hui, reposent sur des mensonges qui ne peuvent retrouvrer la vérité que dans l'arabe et l'histoire des arabes !

L'histoire fera foi !

F. salmi

winylan.adias@live.fr
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Vieux 21/08/2008, 16h36   #4 (permalink)
saoura
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L'arabe a perdu beaucoup de son raillonement et la culture et histoire arabe se sont completement eclipsés aux yeux des occidentaux face aux ravages de l'integrisme.

La question que l'on peut se poser est comment les occidentaux pouront revenir aux enseignement de civilasation arabe sachant que la langue arabe est devenu complètement morte et inactive au point que certain pronent le développement des dialectes regionaux au détriment de l'arabe standard et que la culture arabe ne trouve plus preneur dans les générations actuelles puisque on s'est complètement tourné vers les cultures occidentales.
La langue arabe a tellement perdu de son éclat que certaines minorités linguistiques réclame leur héritage parlé au détriment de l'arabe, préfèrent parler une langue occidentale et surtout se détachent complètement de tout bienfait de la civilisation arabe preuve d'une décadence grave de notre patrimoine.

Je ne veux même pas m'étaler sur le conflit intérieur du maghreb partagé entre arabe langue milénaire dans la région, l'arabe obligatoire de l'islam, les minorités linguistiques et surtout l'héritage du colonialisme qui se ressent de plus en plus dans nos sociétés particulièrement chez les jeunes.
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Vieux 21/08/2008, 20h50   #5 (permalink)
Hograbarakat
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Mes enfants ont des double prénoms arabes et ils en sont fiers.

Suis je pour autant arabe dans ma facon de penser? j'en doute fort.

Je n'aime pas l'andalous, je n'aime pas le folklore, je n'aime pas les chimères et les victoires immaginaire, je n'aime pas l'intégrisme religieux et le terrorisme, je n'aime pas les fètes de mariage arabes (algérien), je n'aime pas les chansons qui se font sur 3 accors, suis je pour autant moins arabe que les autres, suis je pour autant moins fier de mes origines?

Arrétons de nous voiler la face, le problème est profond.

Sans les connaitre, j'aime les juifs algériens, suis je pour autant un harkis?
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Vieux 21/08/2008, 21h14   #6 (permalink)
Hograbarakat
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Envoyé par haroun Voir le message
Pourquoi doit-on nous accrocher à nos vieux habits ?
Ah tu me fais penser, je garde longtemps mes vieux habits mais quand ca me prend, je les déchire avec rage, les membres de ma famille ne comprennent rien.

Le jour d'aprés, je casse ma tire lire et je m'offre une nouvelle garde robe.
Suis je pour autant intélligent?
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Vieux 21/08/2008, 21h59   #7 (permalink)
Hograbarakat
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Envoyé par haroun Voir le message
Avec ta nouvelle garde robe, tu vis avec ton temps
Je n'aime pas les mondanités, je ne te dis pas Bonne nuit.
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