Discussion: RUBRIQUE "histoire"
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Vieux 11/08/2007, 10h41   #10 (permalink)
JILLA
 
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La révolution dévore ses enfants

Slimane Dehilès (Colonel Sadek). Ancien maquisard, ancien chef de la wilaya IV


C’est à lui qu’échut le devoir de former la première compagnie en Kabylie.

« En moins de six mois, l’organisation politico-militaire était une réalité. » Mais les premiers anicroches avec Krim commencent à se faire jour. Slimane descend à Alger.

Il est déjà un organisateur de la révolution dans cette wilaya qu’il prend en main pendant une longue période, à l’initiative de Abane Ramdane, qui lui a demandé d’organiser et de structurer cette wilaya, dont il définit même les frontières.

Au titre de chef, il a vécu les différentes crises des appareils, mais c’est inévitablement l’assassinat de Abane Ramdane qui l’a profondément marqué.
La seule évocation des 3 B le fait sursauter. Pour se consoler sans doute de sa disparition qu’il n’a pas digérée, il recourt à la célèbre phrase : « Les grands hommes ne meurent pas dans leur lit. »

Car sans mâcher ses mots, le colonel Sadek même, s’il considère que la révolution dévore ses enfants, n’en condamne pas moins les dépassements et les liquidations faits par ceux-là mêmes censés guider la lutte.

L’assassinat de Abane lui est resté en travers de la gorge, tant les deux hommes s’estimaient et se respectaient. « Abane, rappelle-t-il, a été un chef de l’OS qui a été arrêté et a purgé 5 ans de prison.

Libéré en 1955, il a vite fait de rejoindre le champ de bataille en réveillant la conscience nationale par ses écrits et ses appels en direction notamment des intellectuels.

C’était un stratège qui gênait ceux qui voulaient accaparer la révolution en bâtissant de véritables féodalités au sein de celle-ci. Abane s’en est rendu compte et a condamné cette attitude.

D’ailleurs, Ben M’hidi était initialement envoyé pour remplacer Abane. Mais quand il a découvert la réalité et la valeur de Abane et ses intentions, les deux hommes se sont alliés et ont travaillé ensemble sans complexe.

N’ont-ils pas été les catalyseurs de la lutte armée ? » Sadek revient souvent sur Abane et d’une manière générale sur les exactions et les purges commises par notre propre camp. « On aurait pu éviter tant et tant de morts.

Les purges ont été la tâche noire de la guerre. mais ceux qui ont trahi paieront un jour. »

Puis d’évoquer le climat de suspicion et de méfiance créé pour discréditer la révolution et dans lequel certains de nos dirigeants ont marché. On en vient à « l’affaire » Si Salah « qui a été montée de toutes pièces pour le briser, car Zamoum était un novembriste, un instituteur, donc un intellectuel.
Il n’a pas trahi.

On l’a amené de force. Le commandant Si Lakhdar peut en témoigner... »

Le congrès de la Soummam a fait avancer la révolution grâce à l’unité d’action qui a prévalu et à la perspicacité de Abane qui s’est investi pleinement pour sa réussite, même si des divergences sont apparues par la suite.

« La Wilaya IV, dont j’avais la charge, était devenue une wilaya intellectuelle, avec tous les étudiants qui y affluaient. Forcément, elle gênait.

Surtout le groupe de Oujda qui s’était juré de liquider les intellectuels pour réduire les effectifs de l’intérieur.

C’était un plan sordide. »

Mais cela ne nous a pas empêchés de travailler. Et de citer les efforts déployés.

« J’ai commencé à rétablir la confiance.
J’ai libéré tous les détenus.

On a créé un camp à l’extrême-sud marocain, en récupérant tous les éléments. Il y avait près de 1500 hommes armés et bien structurés. » Si Sadek peut vous parler longuement de cet épisode et de l’absence inexpliquée de contact entre l’Ouest qu’il dirigeait avec Boumediène et les colonels (Benaouda, Lamouri, Bouguelal et Mohamedi Saïd qui officiaient à l’Est.

Le différend entre l’état-major et le GPRA a été, selon lui,

« monté de toutes pièces par Boussouf qui voulait tout contrôler en mettant les hommes du MALG aux postes sensibles. Son entreprise a réussi et le cadre qu’il a mis en place, il y a plus de 40 ans, existe toujours. »

Ainsi, en 1959 une réunion regroupant 10 colonels dont Sadek se tient à Tunis pour remanier les organismes extérieurs du CNRA et du GPRA. « Ça tournait en rond, ça tâtonnait, c’est pour cela qu’on a décidé de mettre un terme à cette situation.

On s’est réunis à Tunis pour tenter de trouver un terrain d’entente, de changer l’ordre des choses. La réunion qui a commencé en juillet avec des ventilateurs s’est terminée en hiver avec le chauffage central. C’est vous dire le climat pesant qui a régné et le consensus qui était difficile à trouver... »