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Vieux 25/07/2007, 19h53   #4 (permalink)
anais
 
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........Suite III.....


.......... Mathématiques et astronomie

" Chiffre " : l'histoire du mot mérite d'être racontée.

En empruntant aux Indiens leur système de numération et d'écriture de position des nombres (qui facilite grandement les opérations arithmétiques) les Arabes désignèrent le 0 : es-sifr, littéralement, le vide. Le mot fut latinisé en cephirum ; en Italie, il devient zefero puis zéro ; en France, il devient chiffre – pour désigner l'ensemble des caractères numériques – et pour lever l'équivoque on emprunta à l'italien le zéro pour désigner la valeur nulle qui a proprement parler devrait avoir l'exclusivité de s'appeler chiffre.

L'histoire des mathématiques regorge des inventions arabes. Le mot " algorithme " vient du nom du grand mathématicien Al Khwarizmi, qui est le père de l'algèbre et l'auteur du Kitab al Jabr (de jabara, réduire).

C'est aux Arabes encore que l'on doit la désignation des inconnues par la lettre x (Xay en espagnol, déformation de chay : la chose).

Même si elles sont le fait d'érudit, comme le poète O. Khayyam qui fournit la solution des équations du troisième degré, ces recherches mathématiques ont des finalités pratiques et visent à résoudre des problèmes quotidiens (calcul de surface, aménagement urbain…).

L'astronomie est, elle aussi, étudiée à des fins pratiques : la prédiction. Sur la base de l'astrologie persane, de nombreux savants établissent le calcul des longitudes, réforment le calendrier et avant Copernic (qui eut connaissance de leurs travaux) critiquent Ptolémée et construisent un modèle planétaire centré autour du Soleil.


............... La médecine


Au Moyen âge, les Arabes sont les pionniers de la recherche médicale. Ils ont conservé les savoirs de l'Antiquité et les enseignements d'Hippocrate et de Galien. En particulier, ils reprennent la théorie des quatre humeurs, selon laquelle les maladies résultent d'un déséquilibre entre la bile, le phlegme, le sang et l'atrabile qui gouvernent le corps et la personnalité. Les traitements consistent à rétablir la pondération initiale par la prescription de remèdes et d'une alimentation choisis.

Les docteurs arabes développent ces savoirs en s'appuyant sur une conception logique des affections et une approche méthodique. Ainsi, ils inventorient et décrivent les symptômes, ils améliorent l'art du diagnostic et la pratique clinique et posent les règlements de la profession.

Les apports sont nombreux et favorisés par la construction d'hôpitaux (Bagdad, Le Caire, Damas, Samarkand…) contrôlés par un maître, la diffusion des principes d'hygiène (asepsie et isolation des contagieux à une époque où, en Europe, on pensait que la lèpre et la peste se transmettaient par le regard) et encore par une abondante pharmacopée, alimentée par le commerce caravanier ou maritime. Plantes, drogues animales, extraits minéraux entrant dans la composition des emplâtres, onguents, cataplasmes, cachets.

Le Canon d'Avicenne, cette monumentale encyclopédie, présente et classe près de 800 remèdes et le vocabulaire conserve les traces de cette inventivité chimique et pharmacologique, ou des termes arabes passés dans toutes les langues : drogue, alambic, alcool, benjoin, benzène, élixir, soude, talc, ambre, safran, santal, séné…

La grande figure du génie médical est bien entendu Avicenne (Ibn Sinà, 980-1037), qui commença à exercer à l'âge de 16 ans et à qui l'on doit les descriptions de la méningite, de la pleurésie et plus de 100 ouvrages médicaux et philosophiques.

San Canon fut traduit, puis publié en Europe, en 1473, pour la première fois. Au siècle suivant, on comptait 36 éditions.


............. Physique et chimie


Tant dans le domaine de l'optique que dans celui de la mécanique, les Arabes ne sont seulement les gérants d'un héritage : ils le font fructifier, inventent de nouvelles techniques (utiles à l'agriculture : norias, pressoir à huile et à canne) et d'impressionnants automates. Al Jazari, ainsi, avait construit une monumentale horloge où des cercles en mouvement représentaient le mouvement du zodiaque, du Soleil et de la Lune. Pour sonner les heures, des oiseaux lâchaient des billes sur des cymbales et des figurines jouaient du tambour et d'autres instruments.

Les alchimistes parviennent à créer des corps nouveaux (acides et alcools…). Ils sont en quête de la pierre philosophale et du secret de la transmutation des métaux en or. Mais certains refusent la magie et ne retiennent que l'expérimentation.


.............. La philosophie


" Il est impensable que Dieu ait distingué certains hommes pour leur donner la prévalence sur la masse des autres… " Al Razi

La passion des livres et la grande vogue de traduction (du grec vers le syriaque, puis l'arabe) ont permis de sauvegarder les œuvres d'Aristote, Platon, Porphyre… Les bibliothèques publiques se multiplient (plus de 100 à Bagdad vers 900). Celle du Caire compte 1 600 000 volumes (souvent des chapitres). La passion des idées distingue les hommes de qualité et, dans cette société structurée par l'Islam, se posait la question de la raison et de la foi.

La position la plus radicale est adoptée par Al Razi (mort en 925) qui rejette en bloc les religions révélées et les miracles. Son athéisme préfère une conception progressiste de la connaissance : les savoirs sont provisoires et perfectibles.

Mais pour la plupart des penseurs, l'Islam est à la base de la falsafa (philosophie dans l'Islam). Le principe est que la vérité est une, qu'elle soit révélée ou obtenue par la raison, et peu importe son origine arabe ou étrangère. C'est la thèse d'Al Kindi (mort en 873) que la tradition honore comme " le philosophe des Arabes ", qui finit par donner l'avantage à la connaissance divine et devint mystique. À sa suite, Farabi (mort en 950) consacra ces nombreux commentaires à montrer l'accord de Platon et Aristote avec la pensée Islamique. Sa " cité modèle " reprend et adapte la République platonicienne.

Cependant, la réflexion philosophique abordait des sujets délicats (unité de la création, survie du corps et de l'âme) et, pour la majorité des croyants, les références aux " sciences arabes " demeurent suspectes, proches de l'hérésie et dangereusement innovantes.

L'attaque contre les philosophes va venir d'al-Ghazali (mort en 1111). Il dénonce l'impureté de leurs thèses (négation de la création du monde, de sa fin, de la résurrection des corps). Ghazali souligne l'importance des sciences utiles pour la communauté mais sa distinction entre sciences religieuses et non religieuses (ghayr shar'iyya) repousse la philosophie aux marges les plus éloignées de la religion.

La riposte attendra un siècle et viendra d'Occident avec Ibn Rushd (mort en 1198), qui justifie l'accord de la doctrine coranique et l'effort philosophique et surtout, la possibilité d'un plein exercice de la raison.

Ibn Rushd, latinisé en Averroès est sans doute l'Andalou qui a laissé la plus profonde marque sur la pensée humaine.

Médecin, administrateur, astronome, philosophe encore, sa réputation a été immense dans le monde arabe et dans la chrétienté. L'anecdote en fait le prototype de l'athée. Son oeuvre est plus préoccupée de concilier foi et raison et ses commentaires d'Aristote expriment le besoin d'incrédulité en même temps que la diversité d'expression de la vérité.

Il va influencer profondément la scolastique médiévale. Mais son oeuvre ne pourrait satisfaire les théologiens chrétiens (dont St Thomas) bien peu disposer à concevoir la philosophie comme une discipline indépendante. Les Arabes déjà avaient brûlé ses livres, les chrétiens les imitèrent et la philosophie devint serve.






copyright © 2005 Institut du Monde Arabe, Paris.

Dernière modification par anais 25/07/2007 à 22h03.
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