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................suite II.........
....... La littérature et la poésie
Al Biruni (mort en 1050) reste le modèle du lettré qui s'investit dans la culture arabe et lui apporte une dimension universelle. Originaire de Khwarizm (Caspienne), écrivain en langue arabe et en persan, il témoigne : " J'ai été éduqué dans une langue (celle du Khwarizm) […] Ensuite, je me suis mis à apprendre l'arabe et le persan, et je suis par conséquent un intrus dans ces deux langues, qui s'efforce de s'y perfectionner. Mais j'avoue que je préfère être insulté en arabe qu'être exalté en persan. "
Le jugement est rude, mais il traduit la force d'attraction et de fédération de l'arabe dans un contexte (Bagdad) où pourtant la composante persane est majoritaire.
Le " premier chef-d'œuvre " de la littérature des Arabes résume, par son cheminement, cette époque : Kalila et Dimna est l'adaptation en arabe, par Ibn Al-Muqaffa, de la version persane de fables indiennes.
Le moment est favorable à l'éclosion littéraire. Déjà, les grammairiens fixent les règles d'une langue aussi pure et proche de ses origines que possible et les premiers dictionnaires apparaissent. L'industrie du papier se développe. Les princes sont libéraux et l'aristocratie se veut mécène…
Les genres littéraires fleurissent : celui de l'épître, de la nouvelle (risala), des séances (maqamat, mélanges de fiction et de réalité dont l'action renvoie à un personnage central).
Une nouvelle valeur s'impose : la nécessité de la culture. Les sciences religieuses et profanes se déploient, les controverses sont fréquentes. Dans ce bouillonnement d'idées, les conservateurs et les partisans de la raison, les tenants de la pureté arabe et ceux de l'ouverture à l'étranger, s'accordent à composer un code de maintien.
Ces valeurs distinctives de l'honnête homme, se nomment l'adab.. Jahiz (mort en 868) et Ibn Qutayba (mort en 889) sont les champions de la culture, esprits encyclopédiques, curieux de tout, polémistes et vulgarisateurs qui cultivent la verve et la belle langue.
La poésie s'attache à explorer des thèmes nouveaux. Al Mutanabbi (mort en 965), le courtisan orgueilleux, célèbre les grandes victoires et chante la gloire de ses protecteurs, se retourne parfois contre eux. Al Maari (mort en 1058) exprime tout à la fois, espoir, révolte et amertume du monde. Aveugle à l'âge de 4 ans, il clame le désespoir, cultive le scepticisme à l'égard des religions et de l'humanité.
Abu Nuwas (mort en 815) use de son immense talent et de l'intimité des califes pour se livrer au scandale et à la provocation. Il subvertit la poésie traditionnelle et chante le vin et les amours illicites sans détours, pour les femmes et les hommes, sans contours délimités. .
La littérature se partage, elle se goûte en public, le soir et la nuit. Le peuple pratique, lui aussi, la palabre. Sur les places, les conteurs récitent poésie, gestes.... Le narrateur est maître du texte et de son auditoire : pour maintenir l'attention de son public, il introduit des variantes, ouvre une histoire au sein de l'histoire, interrompt le récit aux moments palpitants.
Les Mille et une nuits sont l'expression même de la littérature populaire et de colportage. Elles sont, avec le Roman d'Antar, les légendes de la mer, les complaintes de Majnun (le fou d'amour) une mémoire itinérante.
L'Espagne arabo-andalouse s'épanouit. Elle crée une page et une poésie originales : Ibn Hazm (mort en 1063) qui fut aussi juriste et théologien invente les codes de l'amour courtois (Tawq al-hamâma : Le collier de la colombe, traduit chez Sindbad sous le titre : Des amours et des amants). Les troubadours seront les continuateurs de cet art de la strophe et du mélange des langues.
.............. Les arts
L'art de l'Islam " est un art qui sert non pas de fin en soi, mais d'intermédiaire entre l'homme et ce qui existe. Ce qui a rendu les artistes du monde Islamique uniques, c'est d'avoir pu montrer que l'eau se boit mieux dans un beau verre, que la lumière est plus belle lorsqu'elle émane d'un chandelier richement incrusté. " Oleg Grabar
La calligraphie et l'enluminure
L'introduction du papier et la diffusion du livre ont contribué au développement de l'illustration et de l'enluminure.
Ce sont les ouvrages de médecine, de zoologie, d'astrologie qui dans un premier temps sont illustrés, tandis que l'usage d'enluminer le Coran se généralise.
Les oeuvres de fiction sont plus rarement agrémentées. A quelques exceptions : le Kalila wa Dimna, dont le texte est utilisé pour l'apprentissage d'un arabe de qualité ; le Maqamat d'al Hariri de Bassora (mort en 1122) qui retrace les aventures du rusé Abu Zayd ; le Shahnama de Firdawsi, long poème de 60 000 distiques qui a donné matière aux enluminures les plus spectaculaires.
La calligraphie s'inscrit au coeur de l'art arabo-Islamique. Selon la tradition, l'écriture est un don divin (enseigné à Adam). De plus, l'arabe est la langue du message de Dieu transmis aux hommes par Muhammad. La perfection du Coran est la preuve de sa nature supérieure : depuis toute éternité, le texte coranique est écrit sur une tablette céleste que seuls les anges peuvent contempler.
Dès lors, écrire c'est entrer en contact avec le divin et recopier le Coran c'est comme effleurer la parole du Dieu. Voilà pour les origines de la belle écriture.
Cependant, les plus anciennes formes d'écriture arabe (le coufique) sont anguleuses et irrégulières en raison du principal support utilisé : la pierre. Mais l'écriture va s'étendre à toutes sortes de surface (papier, parchemin, bois, céramique, textiles...) et les graphies se multiplient. Et le coufique lui-même va gagner en harmonie et rythme et devenir feuillu, tressé, quadrangulaire...
Ibn Muqla (mort en 940), vizir de Bagdad et " prince des calligraphes " a codifié les proportions de l'écriture et a défini les six écritures de base (de l'écriture " du copiste " aux écritures plus ornementales). D'autres types sont venus s'ajouter au répertoire classique : le ghubar (écriture miniature), le makus (en miroir)...
Avec Ibn Muqla, la calligraphie devient une science des proportions et un art du geste, une géométrie et un envol. Les calligraphies deviennent des pièces recherchées et couteuses : elles se placent sur un marché et atteignent des prix étonnants (ce qui encourage les faussaires...). Les calligraphes bénéficient du statut social le plus élevé parmi les artistes.
Mais la notion d'art se démarque de la tradition occidentale. En effet, le calligraphe ne produit pas une oeuvre indépendante et autonome, il ajoute la valeur de la beauté à des objets qui pré-existent et qui ont une fonction utilitaire (vaisselle, livres, murs...). Bref, il ornemente un support, il décore la réalité. Il est l'artisan qui pare l'enveloppe des choses.
La calligraphie livre les clefs de l'ornementation arabo-Islamique. Celle-ci s'éloigne de la représentation réaliste de la nature pour affirmer la valeur décorative des lignes et des entrelacs et tendre vers l'abstraction en une sorte de végétation exhubérante et une géométrie imaginaire.
L'arabesque
L'ornement à " la manière arabe " est un rythme ininterrompu, une végétation irréaliste, un mouvement sans fin, une variation inlassable...
Pour les hommes du désert à qui le Coran propose le paradis comme " un jardin sublime dont les fruits à cueillir seront à portée de la main " et que les voies de conquête conduisent vers les jardins de Granade et d'Ispahan, l'arabesque végétale est une promesse d'infini.
L'ornementation géométrique
Elle touche à la pure abstraction. A son propos, certains parlent d'un art de mathématiciens et d'astronomes. Peut-être parce qu'il dérive de l'ajustement et de la superposition de polygones étoilés de 6, 8, 10 ou 12 branches. Il reste que ces figures aux multiples foyers sont une invitation à contempler.
L'architecture
" al-Mutassim fi venir des architectes et leur dit de choisir les emplacements les plus appropriés et ils sélectionnèrent plusieurs sites pour les palais. il donna à chacun de ses cortisans un palais à construire (...). Puis, il fit délimiter des lots de terrain pour les fonctionnaires militaires et civils et pour la population et pour la Grande mosquée. Et il fit aménager les marchés autour de la mosquée, avec de larges rangées, toutes les différentes variétés de marchandises devant être nettement séparées. " C'est ainsi que l'historien Al-Yaqubi (mort en 897) évoque la frénésie architecturale qui saisit le calife abasside lorsque celui-ci transfère sa capitale de Bagdad à Samarra (environ 100 km plus au nord) vers 836.
De la première Bagdad, il ne reste presque plus de traces, tant son prestige avait attiré la convoitise des hordes orientales. Samarra n'a pas connu le même sort et témoigne du rapide dévellopement d'une architecture profane et religieuse. En voici quelques indications : la Grande mosquée (alors la plus grande au monde) semble, de l'extérieure) une forteresse. Une enceinte épaisse de plus de deux mètres délimite un périmètre de 240 m sur 160 m ; le minaret, haut de 50 m s'inspire des ziggourats mésopotamiens (rampes hélicoïdales).
A défaut de les décrire, laissons aux noms des palais le soin de les évoquer : le chateau de l'Amoureux (al Ashiq) se tenait sur la même rive du Tigre que la palais de la Fiancée (Kasr al Arous). Les décorations de Samarra multiplient les niches, le stuc, la fresque et la mosaïque.
Le génie andalou est d'avoir créé un équilibre à partir de la diversité ; les différences ethniques et religieuses ont droit de cité. Le reste n'est que péripétie politique.
La grande mosquée de cordoue est le symbole de cette mise en harmonie : les toits à pignon sont de Syrie ; Byzance fournit les mosaïques ; Tunis les voûtes et l'Iran les arcs ; l'alternance de pierre et de brique provient de Rome...
Dernière modification par anais 25/07/2007 à 21h57.
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