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Vieux 25/07/2007, 19h50   #2 (permalink)
anais
 
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.....suite I

Pourquoi, certes, ne vous sentiriez-vous pas parfaitement à l'aise, alors que tout ce qui vous entoure comme tout ce que je vous offre se trouve sur la liste des articles depuis longtemps inventoriés qui font partie de notre existence, et cela bien que nous les ayons empruntés à un monde étranger à savoir le monde arabe ? Le café qui vous sert quotidiennement de stimulant, la tasse dans laquelle vous versez ce noir breuvage, le sucre sans lequel vous ne sauriez aujourd'hui imaginer un menu, la limonade et la carafe, la jaquette et le matelas, c'est aux Arabes que nous devons de les connaître. Et ce n'est pas tout ! Dans la presque totalité du monde civilisé, ces articles portent encore leur nom arabe ! De même pour candi, bergamote, orange, quetsche, etc.

Rien d'étonnant, me direz-vous sans doute, à ce que certains fruits originaires des pays chauds (tout comme certains aliments ou boissons) nous viennent de l'Orient ; et pourquoi dans ce cas, ne conserveraient-ils pas leur appellation d'origine ?

Et lorsque vous avouez que, maté par la fatigue, vous vous étendez sur le sofa, le divan, l'ottomane ou dans l'alcôve, vous m'assurez que n'importe quel enfant saurait reconnaître l'origine étrangère de termes aussi extravagants. Mais savez-vous que, sans le vouloir, vous avez employé un autre mot arabe, un terme issu du jeu d'échecs (jeu que les Arabes nous ont appris, l'émissaire d'Haroun al-Rachid l'ayant, dit-on, introduit à la cour de Charlemagne), qu'échec vient de shah (le roi) et que le mot maté que vous avez employé vient de mat qui signifie tout simplement : " Il est mort " ? Alors, vous voyez : échec et mat !

Saviez-vous en outre que les sacs de maroquin que vous voyez dans ce magasin portent encore l'estampille des Arabes ? Quant aux étoffes exposées dans cette vitrine, en dehors des cotonnades, des mousselines, du mohair souple et duveteux, vous pouvez faire votre choix entre le satin élégant, le taffetas distingué, la moire chatoyante et le damas somptueux (de la ville de Damas), qui étalent à vos yeux toute une gamme de nuances depuis le jaune safran jusqu'au lilas en passant par l'orange et le cramoisi. Autant de délicates invites à nous souvenir de ceux auxquels nous devons des étoffes aussi utiles que précieuses sous leurs coloris éclatants, c'est-à-dire aux Arabes.

Savez-vous que lorsque vous entrez dans une pharmacie ou une droguerie, vous y trouvez quantité d' " inventions " arabes. Un simple coup d'œil aux caisses et aux flacons du droguiste suffira à vous en convaincre : vous y verrez de la muscade, du cumin, de l'estragon, du safran, du camphre, de la benzine, de l'alcali, de la soude, du borax, de la saccharine, de l'ambre et bien d'autres drogues arabes dont vous usez quotidiennement. Savez-vous que nous désignons encore sous son nom arabe de laque, le vernis dont nous couvrons nos ongles, que l'aniline, la gaze, le talc et la ouate sont autant de noms arabes ?

Vous ne sauriez donc nier plus longtemps que le grand nombre de noms arabes qui émaillent notre langue désignent des articles d'usage courant dont les arabes nous ont révélé l'existence. Ni que ces articles aient apporté à notre vie quotidienne, jadis insipide, voire un peu sordide, maints agréments délicats qui l'ont littéralement assaisonnée, embellie par la couleur et le parfum, ni que celle-ci leur doive d'être plus saine et plus hygiénique en même temps que plus riche de confort et d'élégance… (Le soleil d'Allah brille sur l'occident. notre héritage arabe. Albin Michel, 1963)


......... De Bagdad à Cordoue


Deux lieux, dont les noms sont restés hautement évocateurs de prestige et de l'art de vivre, sont dans les premiers siècles de l'expansion arabe les foyers de rayonnement culturel : Bagdad et Cordoue.



Le califat de Bagdad.

C'est à Bagdad, au début de l'ère abbasside, que se produit une extraordinaire floraison intellectuelle. Les califes font figure de despotes orientaux éclairés ; ils animent et protègent les cercles de lettrés. Parmi eux, la tradition conserve l'image de Harûn ar-Rachid (786-889), le souverain des Mille et une nuits et celle de Ma'mun (813-833) son fils, et le fondateur de Beït Al-Hikma (la maison de la sagesse) le premier grand centre de traduction et de réflexion arabes.

Les Abbasides sont portés au pouvoir par les persans convertis. Ils transfèrent le centre du pouvoir vers l'Orient où ils fondent Bagdad (Madinat al Salam, la ville de la paix) selon un plan circulaire : la ville ronde mesure 4 km de diamètre et est ceinturée par un fossé de 20 m de large et un double rempart.

Clan qui a su prendre le dessus sur ses alliés, les Abassides exercent un pouvoir ambigü qui va être inlassablement contesté. Les révoltes sont d'ordre social et religieux. Vers 870, les Zandj (des esclaves noirs, amenés pour cultiver la canne à sucre dans les régions marécageuses) se soulèvent et menacent Bagdad. La fragilité du Califat est démontrée. Au 10e siècle, ce sont les Qarmates (installés le long du golfe Persique) qui fondent un Etat communautaire, pillent Bosra, prennent La Mecque et s'emparent de la pierre noire.

Le régime, afin d'assurer sa protection, constitue une garde de jeunes esclaves turcs. Cependant, celle-ci éloigne le Calife de la population et s'accapare le pouvoir. La dynastie abasside n'est plus qu'une façade. Les émirs buyides (originaires de la Caspienne) contrôlent les leviers de l'autorité et en usent pour favoriser leur religion chiite, au nom du calife sunnite. Ils seront eux-mêmes balayés par les Turcs Seljukides (prise et destruction de Bagdad en 1258). C'est l'effondrement des Abassides, mais de fait ils n'auront régné qu'un siècle.




Le califat de Cordoue.

Al Andalus est l'autre grand foyer de transmission à l'occident chrétien de la pensée gréco-arabe.

En 756, l'Umayyade Abel ar-Rahman fonde l'émirat de Cordou. Sa dynastie a été massacrée par l'Abasside Al Safrah. Il survit, gagne l'Espagne et là, dans un pays où les groupes ethniques s'affrontent (Arabes, Yéménites, Berbères, Espagnols convertis ou non, Juifs, Slaves, ...) et où il ne dispose d'aucun appui, il installe un régime qui va se caractériser par sa stabilité et son rayonnement.

Le rayonnement est géographique d'abord. C'est la guerre contre les royaumes chrétiens du Nord et dont la mort à Roncevaux de Roland (778) reste le plus fameux épisode. Ce sont les luttes contre les Latimichs en Afrique du Nord, la prise de Tanger, la fondation d'Oran.

Le rayonnement est urbain encore. L'émirat redonne vie aux villes endormies (Séville, Tolède) et grâce à son administration et ses richesses fait bâtir de fastueuses résidences. L'agriculture se développe enfin. L'amélioration du système d'irrigation accroît le rendement des cultures traditionnelles (vigne, olivier) et l'introduction de la canne à sucre, des agrumes, du palmier, dattier.

Cordoue rivalise avec le Caire (Fustat) et Bagdad.
Cependant, l'émirat passe sont emps à mater les révoltes (Tolède et Cordoue elle-même) et à essayer de réduire les pressions extérieures et les raids des Normands.

Ils ne résistera pas à ces forces contradictoires et au début du IIe siècle, les reyes de Taïfas (muluq at tawait ou rois de partis) se partagent sa dépouille et fondent plus de vingt principautés.

Chacun revendique l'héritage de Cordoue (ou de Al Andalus du nom de la vallée de Guadalquivir, le centre de l'émirat). Les cours rivalisent en prestige, elles abritent philosophes, savants et poètes.

Annexé par les empires du Magrheb (Almoravides et Almohades), entamé par les poussées chrétiennes (prise de Tolède en 1085) l'Andalus continue à être le lieu où le monde arabe et l'Europe sont le plus largement entré en contacts guerriers, il est vrai, mais en échange d'idées, surtout.

Dernière modification par anais 25/07/2007 à 21h51.
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