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Vieux 12/10/2008, 00h58   #7 (permalink)
placebo
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...la cinquième et dernière lettre
Je vous écris pour la dernière fois, et j'espère vous faire connaître par la différence des termes, et de la manière de cette Lettre, que vous m'avez enfin persuadée que vous ne m'aimiez plus, et qu'ainsi je ne dois plus vous aimer : Je vous renverrai par la première voie tout ce qui me reste encore de Vous : Ne craignez pas que je vous écrive ; je ne mettrai pas même votre nom au-dessus du paquet ; j'ai chargé de tout ce détail Dona Brites, que j'avais accoutumée à des confidences bien éloignées de celles-ci ; ses soins me seront moins suspects que les miens ; elle prendra toutes les précautions nécessaires, afin de pouvoir m'assurer que vous avez reçu le portrait et les bracelets que vous m'avez donnés : Je veux cependant que vous sachiez que je me sens, depuis quelques jours, en état de brûler, et de déchirer ces gages de votre Amour, qui m'étaient si chers, mais je vous ai fait voir tant de faiblesse, que vous n'auriez jamais cru que j'eusse pu devenir capable d'une telle extrémité ; je veux donc jouir de toute la peine que j'ai eue à m'en séparer, et vous donner au moins quelque dépit : Je vous avoue à ma honte et à la vôtre, que je me suis trouvée plus attachée que je ne veux vous le dire, à ces bagatelles, et que j'ai senti que j'avais un nouveau besoin de toutes mes réflexions, pour me défaire de chacune en particulier, lors même que je me flattais de n'être plus attachée à vous : Mais on vient à bout de tout ce qu'on veut, avec tant de raisons : Je les ai mises entre les mains de Dona Brites ; que cette résolution m'a coûté de larmes ! Après mille mouvements et mille incertitudes que vous ne connaissez pas, et dont je ne vous rendrai pas compte assurément. Je l'ai conjurée de ne m'en parler jamais, de ne me les rendre jamais, quand même je les demanderais pour les revoir encore une fois, et de vous les renvoyer, enfin, sans m'en avertir.

Je n'ai bien connu l'excès de mon Amour que depuis que j'ai voulu faire tous mes efforts pour m'en guérir ; et je crains que je n'eusse osé l'entreprendre, si j'eusse pu prévoir tant de difficultés et tant de violences. Je suis persuadée que j'eusse senti des mouvements moins désagréables en vous aimant tout ingrat que vous êtes, qu'en vous quittant pour toujours. Je n'ai éprouvé que vous m'étiez moins cher que ma passion, et j'ai eu d'étranges peines à la combattre, après que vos procédés injurieux m'ont rendu votre personne odieuse.

L'orgueil ordinaire de mon sexe ne m'a point aidée à prendre des résolutions contre vous : Hélas ! j'ai souffert vos mépris ; j'eusse supporté votre haine et toute la jalousie que m'eut donnée l'attachement que vous eussiez pu avoir pour une autre, j'aurais eu, au moins, quelque passion à combattre, mais votre indifférence m'est insupportable ; vos impertinentes protestations d'amitié, et les civilités ridicules de votre dernière lettre, m'ont fait voir que vous aviez reçu toutes celles que je vous ai écrites, qu'elles n'ont causé dans votre coeur aucun mouvement, et que cependant vous les avez lues : Ingrat, je suis encore assez folle pour être au désespoir de ne pouvoir me flatter qu'elles ne soient pas venues jusques à vous, et qu'on ne vous les ait pas rendues. Je déteste votre bonne foi, vous avais-je prié de me mander sincèrement la vérité ? Que ne me laissiez-vous ma passion ; vous n'aviez qu'à ne me point écrire ; je ne cherchais pas à être éclaircie ; ne suis-je pas bien malheureuse de n'avoir pu vous obliger à prendre quelque soin de me tromper ? et de n'être plus en état de vous excuser ? Sachez que je m'aperçois que vous êtes indigne de tous mes sentiments, et que je connais toutes vos méchantes qualités : Cependant (si tout ce que j'ai fait pour vous peut mériter que vous ayez quelques petits égards pour les grâces que je vous demande) je vous conjure de ne m'écrire plus, et de m'aider à vous oublier entièrement ; si vous me témoigniez, faiblement même, que vous avez eu quelque peine en lisant cette lettre, je vous croirais peut-être ; et peut-être aussi votre aveu et votre consentement me donneraient du dépit et de la colère, et tout cela pourrait m'enflammer : Ne vous mêlez donc point de ma conduite, vous renverseriez, sans doute, tous mes projets, de quelque manière que vous voulussiez y entrer ; je ne veux point savoir le succès de cette lettre ; ne troublez pas l'état que je me prépare, il me semble que vous pouvez être content des maux que vous me causez (quelque dessein que vous eussiez fait de me rendre malheureuse) ; Ne m'ôtez point de mon incertitude ; j'espère que j'en ferai, avec le temps, quelque chose de tranquille : Je vous promets de ne vous point haïr, je me défie trop des sentiments violents, pour oser l'entreprendre. Je suis persuadée que je trouverais peut-être, en ce Pays un Amant plus fidèle et mieux fait ; mais hélas ! qui pourra me donner de l'amour ? La passion d'un autre m'occupera-t-elle ? La mienne a-t-elle pu quelque chose sur vous ? N'éprouvé-je pas qu'un coeur attendri n'oublie jamais ce qui l'a fait apercevoir des transports qu'il ne connaissait pas, et dont il était capable ; que tous ses mouvements sont attachés à l'Idole qu'il s'est faite ; que ses premières idées et que ses premières blessures ne peuvent être ni guéries, ni effacées ; que toutes les passions qui s'offrent à son secours et qui font des efforts pour le remplir et pour le contenter, lui promettent vainement une sensibilité qu'il ne retrouve plus, que tous les plaisirs qu'il cherche sans aucune envie de les rencontrer, ne servent qu'à lui faire bien connaître que rien ne lui est si cher que le souvenir de ses douleurs. Pourquoi m'avez-vous fait connaître l'imperfection et le désagrément d'un attachement qui ne doit pas durer éternellement, et les malheurs que suivent un amour violent, lorsqu'il n'est pas réciproque, et pourquoi une inclination aveugle et une cruelle destinée s'attachent-elles, d'ordinaire, à nous déterminer pour ceux qui seraient sensibles pour quelque autre.
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Si la matière grise était plus rose, le monde aurait moins les idées noires....
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