Abonné de longue date à Jeune Afrique , hebdomadaire sérieux et très pertinent , c'est mon lien avec l'Afrique en général et l'Algérie en particulier.
Je vous livre l'article paru cette semaine , il est long mais intéressant.

ALGÉRIE
Ira, ira pas...
Coïncidant avec le début du mois de ramadan, la rentrée politique a pris la forme d'un Conseil des ministres présidé par un Abdelaziz Bouteflika inhabituellement souriant, mais dont on ne sait toujours pas s'il briguera un troisième mandat présidentiel en avril 2009.
Les succès enregistrés par les forces de sécurité (une tren¬taine de terroristes abattus au cours d'opérations de ratissage entre juillet et août) ont provoqué les « représailles » d'Al-Qaïda au Maghreb islamique (AQMI) : attentats-suicides, embuscades meurtrières, faux barra¬ges, incursions nocturnes dans des villages isolés... Et si le bilan de la violence islamiste (près de 150 morts, dont une centaine de civils) est beau¬coup moins lourd que celui des acci¬dents de la route (500 morts au cours des deux mois de vacances scolaires), les attaques kamikazes ont ému l'opi¬nion. Leur particularité ? Un mode opératoire emprunté à l'insurrection irakienne, ciblant les postulants à une formation au sein d'une académie de gendarmerie (aux Issers), les résidents d'un complexe touristique (à Zemmou-ri) ou encore les employés d'un groupe canadien de BTP (à Bouira).
Pourtant, les salafistes d'AQMI n'ont pas réussi à mettre en péril la saison estivale. Les trois cents plages recensées sur le littoral algérien ont enregistré des records d'affluence. Mieux: les plagistes de Zemmouri ont été agréablement surpris par l'afflux de touristes au lendemain de l'attaque kamikaze du 6 août contre le complexe Adim. « Nos clients et visiteurs, se réjouit un commerçant de Zemmouri, ont tenu à manifester leur solidarité et leur détermination à ne pas céder aux menaces terroris¬tes. » Condamnée de toutes parts, y compris par des théologiens salafistes égyptiens et jordaniens, AQMI s'est sentie obligée de justifier ses actions
kamikazes par l'offensive de l'armée contre les maquis en Kabylie, qui a coûté la vie à une dizaine d'émirs réunis en conclave. Mohamed Abou Salah, porte-parole de l'organisation terroriste, s'est même fendu d'un com¬muniqué, le 1er septembre : désormais, chaque action des forces de sécurité provoquera une réaction des maquis, et aucune institution officielle ne sera à l'abri de la colère des moudjahidi¬ne. Pas même, précise Abou Salah, le palais d'El-Mouradia (siège de la pré¬sidence), susceptible d'être réduit en cendres. Pas moins.
VIRAGE À GAUCHE
Mais les incertitudes qui assaillent le citoyen ne sont liées ni à la violen¬ce islamiste ni à l'érosion du pouvoir d'achat sous l'effet des fluctuations de la mercuriale des prix en ce mois de ramadan (voir J.A. if 2486). Elles tournent autour du prochain rendez-vous électoral : l'élection présidentielle d'avril 2009. À moins de huit mois de cette échéance cruciale, le président Abdelaziz Bouteflika, pressé par une grande partie de la classe poli¬tique et de nombreuses organisations de la société civile de faire modifier la Constitution afin de pouvoir briguer un troisième mandat, n'a toujours pas fait part de ses intentions. Caprice de star? Rien n'est moins sûr. « Rempiler pour un nouveau bail à El-Mouradia est une perspective qui l'enchante beaucoup moins qu'on ne le pense, affirme un de ses collaborateurs, et
ses hésitations ne sont pas feintes. » Dans un discours prononcé le 5 juillet devant le commandement de l'armée à l'occasion du 46e anniversaire de l'in-dépendance, Bouteflika avait laissé transparaître une certaine lassitude en évoquant le poids de ses responsabilités. Une confession qui contraste avec sa réputation d'homme animé par une détermination à toute épreuve. Quelques jours plus tard, lors d'un conclave réunissant les 1541 maires d'Algérie, il fait une nouvelle confession, aussi étrange qu'inattendue : un constat d'échec en matière de choix écono¬miques. Ce mea culpa intervenait au lendemain d'un étonnant remaniement ministériel qui n'a concerné que la tête de l'exécutif, Ahmed Ouyahia retrouvant, le 23 juin, le fauteuil de Premier ministre qu'il avait laissé deux années auparavant à Abdelaziz
Les salafistes d'AQMI voulaient mettre en péril la saison estivale. Ils ont échoué.
Belkhadem. Bouteflika n'ayant pas jugé nécessaire d'expliquer sa décision de changer de chef du gouvernement, la « complainte » devant les galonnés et l'aveu face aux élus locaux prennent une autre dimension.
Et si Bouteflika renonçait à un troisième mandat ? Quelle serait l'alternative ? Pour les uns, la messe est dite. Le chef de l'État a décidé de ne pas rempiler et prépare Ahmed Ouyahia à sa succession. Les autres spéculent à tout-
va. À gauche, trotskistes du Parti des travailleurs (PT, de Louisa Hanoune) en tête, c'est la jubilation : Bouteflika reconnaît enfin ses errements économiques faits de concessions « au grand capital international » et de bradage de l'outil de production national. Le retour au bon vieux patriotisme économique est une véritable bénédiction pour les souverainistes qui se recrutent auprès des conservateurs de tout poil. Autant chez les nationalistes que chez les islamistes.
Les syndicats se frottent les mains et annoncent que le président s'apprête à tordre le cou à l'un de ses fidèles, Hamid Temmar, ministre de l'Indus-
trie et de la Promotion des investissements, considéré, à tort ou à raison, comme le gourou libéral de l'Algérie des années 2000. Si le virage à gauche a été confirmé par l'introduction de nouvelles dispositions contraignantes en matière d'investissements étrangers, Hamid Temmar est toujours là et ne semble pas menacé.
BUDGET RECORD
Conséquence des hésitations présidentielles : les partisans les plus zélés de la révision constitutionnelle font profil bas. Abdelaziz Ziari, président de l'Assemblée populaire nationale (APN), qui a annoncé à plusieurs
reprises l'imminence de la révision de la Constitution, a été plus prudent que d'habitude. À l'occasion de son discours, le 2 septembre, lors de la cérémonie inaugurale de la session d'automne de l'APN, il n'a à aucun moment évoqué une quelconque procédure d'amendement constitutionnel, se contentant de parler d'échéance politique cruciale. On n'est jamais assez prudent. Précision: Ziari est membre de la direction du FLN, parti qui avait fait de l'amendement du texte fondamental la priorité de son action politique. Mais comme son président d'honneur et principal concerné prolonge le suspense, il a fallu occuper comme on a pu les militants. Du coup, l'université d'été du parti a été consacrée... à la rentrée.
Pour certains, le chef de l'État prépare Ahmed Ouyahia à sa succession.
universitaire. Une curieuse diversion pour une formation politique qui vient de perdre l'exécutif après une bérézina électorale (un net recul au sein des assemblées nationale et locales) et dont le secrétaire général, Abdelaziz Belkhadem, fait l'objet d'une contestation grandissante.
Les incertitudes de l'été n'ont pas été levées après la rentrée politique. Le Conseil des ministres n'a évidemment pas abordé la présidentielle, privilégiant l'élaboration de la loi de finances 2009 et la diffusion de chiffres qui donnent encore le tournis. Le pays de Bouteflika engagera au cours du prochain exercice 80 milliards de dollars de dépenses publiques, entre budget d'équipement et programme d'investissement dans le cadre du programme quinquennal (2004-2009). Autre chiffre mirobolant : les transferts sociaux (subvention des prix des produits de première nécessité, soutien aux catégories défavorisées, etc.) s'élèvent à 15 milliards de dollars, soit huit fois le budget d'un pays comme le Mali voisin. Même s'il n'a pas encore pris ou annoncé sa décision à propos d'un troisième mandat, Abdelaziz Boutefli¬ka semble parti pour... rester ! ■
CHERIF OUAZANI
JEUNE AFRIQUE N" 2487 • DU 7 AU 13 SEPTEMBRE 2008