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Vieux 03/03/2007, 09h42   #9 (permalink)
Raziela
 
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un super article

les intellectuels algeriens par lahouari addi

Le régime a refusé toute autonomie à quelque secteur que ce soit de la société, à l'exception de la sphère religieuse devenue par la force des choses le réceptacle des demandes sociales qui ne trouvaient nulle part ailleurs un lieu d'expression. Il ne s'agit pas d'accabler le régime de tous les maux- Sa responsabilité réside dans le fait qu'il n'a pas su apporter les réponses nécessaires aux contradictions idéologiques de la société qui avait perdu sa vitalité bien avant la colonisation - d'où le concept de colonisabilité cher à Malek Bennabi - et qui a figé sa culture sous la colonisation- À l'Indépendance, il aurait fallu que le mouvement national continue d'être révolutionnaire, c'est-à-dire de prendre la mesure des « déficits » idéologiques et culturels pour se fixer des tâches d'édification dans une perspective historique. Or le mouvement de libération nationale a cessé d'être progressiste et révolutionnaire dès l'Indépendance, malgré le discours, obnubilé par l'exercice du pouvoir dont la jouissance était obsessionnelle, tournant souvent à la mise en scène théâtrale. Le pouvoir pour le pouvoir : l'Algérie était et est encore dans une situation pré-hobbesienne

Pire encore, l'Algérie semble revenir à la situation pré-coloniale où les deux seuls personnages qui jouissent de l'autorité sont le soldat et le marabout. Or l'État moderne ne se construit ni sur l'un ni sur l'autre. Il est construit par une élite civile enracinée dans sa société et ouverte aux vents du large, animé par des fonctionnaires dont la compétence est source de respect et garantie de neutralité. L'État moderne n'est ni l'expression de la mystique nationaliste du militaire, ni celle de l'aliénation religieuse du fanatique. Il est avant tout une construction politico-juridique organisant ia vie sociale publique et privée de telle manière que la règle juridique remplace l'usage de la force dans le lien social. À cet effet, quand l'État se construit, les intellectuels poussent comme des champignons parce que la règle juridique est une construction intellectuelle à usage social consensuel. Sans le juriste qui fait techniquement la loi, sans le philosophe qui la pense en lui donnant un fondement conceptuel, sans le sociologue qui en mesure l'efficacité et la nécessité, etc., il n'y a pas d'État. II est singulier que l'on ne puisse pas citer un seul nom de philosophe algérien connu, qu'il soit arabophone ou francophone. Cette absence stridente de la philosophie est symptomatique de l'échec en matière culturelle et universitaire car c'est à l'ombre de la philosophie que les sciences sociales se développent

Dans les années soixante et soixante-dix, l'intellectuel algérien croyait avec naïveté faire œuvre utile en s'engageant dans la mission de transformation de la société à partir de l'État, conçu comme lieu d'élaboration de la planification et de la maîtrise du marché dont il fallait modifier les logiques pour qu'elles obéissent à la finalité du développement économique. Ce faisant, il ne se posait pas de questions sur l'Etat, son contenu idéologico-politique, ses représentants et leurs visions, le fondement de son autorité, ou encore les mécanismes de légitimation, etc. Il était supposé servir la collectivité, et en premier lieu les plus démunis.


L'intellectuel algérien, principalement l'universitaire, s'est intéressé plus à l'État, plutôt à ses discours et à ses projets, qu'à la société. Les travaux dans les années soixante et soixante-dix, les thèses notamment, portaient sur la volonté des dirigeants plutôt que sur la société et les pratiques sociales. Il s'agissait non pas d'analyser la société existante mais de la remplacer par une nouvelle maîtrisant la modernité et dans laquelle le conflit laisserait place à l'harmonie entre les classes différenciées uniquement par une division fonctionnelle du travail, consolidant aussi la symbiose entre le peuple et son État;

Les années quatre-vingt, c'était la critique du tiers-mondisme, du tout-État, de la planification et le retour des notions de vérité des prix, de société civile, de droits de l'homme, etc. C'était aussi les premiers maquis islamistes (en 1986-87) et les émeutes (1980 : Tizi-Ouzou ; 1982 ; Oran ; 1986 : Sétif ;1988 : à l'échelle nationale). Cette fracture entre l'État et entre différents groupes sociaux à l'intérieur même de cette population, qui s'annonçait déjà dans les années quatre-vingt, les intellectuels ne l'ont pas vue, jusqu'à ce que la haine et le meurtre se répandent dans la Cité


L'élite arabophone s'est considérablement élargie à la faveur de l'arabisation de l'enseignement et de sa démocratisation. Composée en majorité d'enseignants, cette élite s'est rapprochée de la population dans les années quatre-vingts par l'animation de causeries religieuses dans les mosquées de quartiers. En dehors de ses heures de cours, renseignant fréquente la mosquée, dirige la prière du soir et souvent commente le Coran après cette prière, en faisant des références à l'actualité, interpellant là conscience des croyants et la responsabilité des dirigeants. Ces enseignants, imams volontaires, présentaient la particularité d'êtres jeunes (âgés entre 25 et 40 ans), n'avaient pas suivi la filière traditonnelle d'apprentissage du Coran, ne vivaient pas de la générosité des habitants du quartier ([4]), et étaient virulents dans leurs prêches dans une perspective subversive, Leur impact et leur autorité sur le milieu de leur quartier de résidence provenaient de la forme religieuse de leur discours et de son contenu agressif vis-à-vis du pouvoir et « de ses alliés occidentaux qui cherchaient, selon eux, à ébranler l'éthique islamiste à travers la libéralisation des mœurs, et notamment à travers l'émancipation de la femme ». Ce qui était donc nouveau, c'est que ces critiques morales étaient exprimées par de jeunes gens, alors que par le passé, elles l'étaient par des personnes âgées, soucieuses du respect de la tradition
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